Cette semaine Michèle Chabane requiert l’œil expert de Maître Philippe Rouillac, commissaire-priseur, au sujet d’une « petite sculpture en ivoire de Vierge ».
L'ivoire est un matériau précieux, sculpté depuis plusieurs millénaires par l'Homme et ce partout dans le monde. Rare et donc luxueux, il a de tous temps été apprécié pour sa couleur laiteuse et son aspect chaleureux. Peu de matériaux peuvent se targuer de posséder ces qualités. De ce fait il s’est vite imposé comme une matière reine pour les sculpteurs et artisans qui lui donnèrent le surnom « d’or blanc ». Dents et défenses d’éléphant, de morse, d’hippopotame, de cachalot mais aussi de mammouth peuvent être sculptées en une variété quasiment infinie de formes et d’objets : statuettes, bijoux, manches de couverts, pièces de marqueterie, touches de pianos, éventails, marteau de commissaire-priseur… Très recherché, trop recherché, ce matériau met en grand danger les espèces sur lesquelles il est prélevé. Afin d’y remédier, de nombreux pays signent en 1973 la Convention de Washington qui réglemente le commerce des espèces de faune et de flore sauvages menacées, à l’image de l’éléphant. Il est désormais impossible de vendre un objet en ivoire si on ne peut prouver qu’il est entré en France avant 1976.
Qu’en est-il de notre sculpture ? D’une hauteur de 20 cm pour un diamètre de 6 cm à la base cette Vierge est drapée d’un long manteau. En prière, elle joint les mains. De facture naïve, elle présente une expression douce. La base de cette statuette est laissée brute, montrant un tronçon de la défense dans laquelle elle est sculptée. La sculpture n’est pas d’une grande finesse et n’est pas l’œuvre d’un ivoirier virtuose. En revanche l’aspect de la matière, sa couleur, sa patine nous oriente vers un ivoire d’éléphant. En effet une pièce en os présenterait des pores noirâtres et un ivoire marin (de morse par exemple) porterait des stries. Il s’agit d’un travail populaire probablement africain qui fût certainement rapporté comme souvenir par un pieux touriste il y a quelques dizaines d’années. Ces petits objets, typiques d’un artisanat local d’Afrique et de certaines régions d’Asie du sud n’ont de rare que leur matière. Commencez donc à réunir les preuves qui attestent de son importation avant 1976. Si l’État vous donne un certificat permettant sa vente vous pouvez espérer en tirer une centaine d’euros. Sinon profitez donc de ce mois de mai, pour vous recueillir auprès de la Bonne Mère.
Une lectrice de Mont-Près-Chambord nous envoie la photographie d’un vase. Aymeric Rouillac, commissaire-priseur expertise cette pièce haute en couleurs !
Le joli mois de mai se faisant quelque peu désirer, nous remercions notre lectrice pour l’envoi de ce vase fleuri…une ode au printemps ! Cette pièce est en faïence fine : en barbotine. Ce matériau désigne une pâte d’argile additionnée d’eau, utilisée pour assembler des pièces ou pour exécuter un décor appliqué. Elle est très proche de la pâte utilisée à la Renaissance dans la fabrication des majoliques. Par extension, on nomme « barbotines » tous les objets fabriqués dans cette matière. Elles sont reconnaissables à leurs couleurs vives ainsi qu’à l’aspect fondu et glaçuré du décor. Sur la panse ovoïde et basse, un dahlia violet et des fleurs de capucines s’épanouissent. Elles se détachent sur un fond en dégradé de vert. Ces fleurs, en fort relief, ont été appliquées une à une sur le vase. Le haut col évasé est soutenu par deux anses qui serpentent et s’enroulent sous la forme d’élégants rinceaux feuillagés. Avec de tels ornements, est-il utile de disposer des fleurs dans ce vase ? Ce n’est pas dit !
La production de barbotines prend son essor à la fin du XIXème siècle. Différentes manufactures s’en font une spécialité, notamment dans l’est de la France et en Belgique à Onnaing, Sarreguemines ou encore Lille. Notre lectrice ne nous signale pas la présence d’une marque de fabrique, qui généralement se trouve au revers de l’objet. Sous forme de monogramme ou de symbole, elle nous aiderait à identifier les différents lieux et époques de production. Ce type de vase n’est pas rare. De nombreux exemplaires, proches tant par la forme que le décor, sont produits entre la fin du XIXème et le milieu du XXème siècle. Suivant les exigences de la mode, les fabricants de barbotines s’orientent par la suite vers le style Art Nouveau aux formes végétales puis vers l’Art Déco géométrisant.
Eu égard à l’abondance de faïences de ce type sur le marché des objets d’art, ce vase peut être estimé environ 50 € en vente aux enchères. S’il s’agit d’une paire, ou encore d’une partie de garniture de trois pièces, vous verrez ce prix multiplié. Les barbotines étaient revenues à la mode dans les années 1990, mais ne le sont plus aujourd’hui. On préfère les formes épurées plutôt que cet opulent et chatoyant décor. Qu’importe ! Conservez chez vous ce vestige d’une tendance passée…et faites-vous plaisir. La mode, comme le printemps, est un éternel renouveau !
Nombreuses furent les récompenses au XIXè et début XXè siècles qui encourageaient, félicitaient enfants, travailleurs des villes et des champs, employés, responsables tout au long de leur vie. Remise du dictionnaire Larousse sanctionnant l’obtention du brevet, coupe en argent pour les plus hautes récompensent des comices agricoles, flots de rubans et médailles pour tous et toutes. L’effort, le travail, l’opiniâtreté étaient des vertus fidélisées à travers hommages, souvenirs, diplômes, photos et discours…et bronzes !
Le bronze d’Andrée D. en est une brillante illustration : un travailleur en pleine activité. Cheveux crépus, vêtu d’un simple pagne, pieds nus, en pleine action avec une pelle qu’il s’apprête à relever. Malheureusement on ne peut distinctement apprécier le contenu de la pelle qui nous aurait donné une indication du labeur, du métier : mineur pelletant ? c’est probable. Ne connaissant pas de discipline sportive avec un tel accessoire, l’hypothèse d’un athlète ne semble, pas pouvoir être retenue. Par contre aucun doute sur la matière, le bronze : matière noble et coûteuse, à belle patine dite antique faisant jouer la lumière sur les muscles saillants et l’anatomie avantageuse de notre sujet. Ses veines sont d’un réalisme frappant, le geste est sûr et juste, le sculpteur a bien étudié son modèle, et la pose est sans sensiblerie ou misérabilisme : il travaille dur et avec concentration. Une indication nous est donnée du fondeur : Barbedienne Ce grand et célèbre faiseur du XIXè siècle installé à Paris, multiplia les bronzes dits d’édition, par le procédé de reproduction Colas. Pour répondre à une demande grandissante, le même sujet était disponible en différents tailles. Notre statue ne comporte pas de signature d’artiste, mais seulement « Barbedienne », qui confirme que le fondeur éditeur l’emporte sur le créateur. L’importance donnée au sculpteur est souvent ainsi limité, et les catalogues Barbedienne sont classés non par ordre alphabétique d’auteurs mais de sujets ! Le travail représenté par un travailleur-artiste anonyme…Le premier propriétaire de notre statue fut Gaston Cherfils ; offerte le 26 juin 1927 à Paris en sa qualité de directeur des Établissements Leblanc. Objet de piété familiale, ses descendants conservent parallèlement, le diplôme et la médaille de reconnaissance.
De belle dimension, près de 50 cm de hauteur, présenté sur une élégante terrasse de granit noir, en bon état de conservation, notre bronze peut être estimé à 1.500/2.000 € en vente aux enchères, et plus si on connaissait l’artiste… Dubois ? ou Dalou ? dont une exposition se tient présentement au Musée du Petit Palais à Paris. Peut-être le reconnaitrez-vous parmi les 400 pièces des Dalou exposées ? Prétexte de découverte ou de redécouvertes de ce musée méconnu, mais fabuleux !
Catherine, de Ruan, se demande quelle peut être la valeur et l’époque de fabrication d’un grand miroir. Philippe Rouillac, commissaire-priseur, répond à sa demande.
Tel Narcisse contemplant son reflet dans les eaux, nous plongeons dans ce miroir. De belles dimensions, 110 x 140 cm, il se destine au-dessus de la cheminée ou de la commode d’un salon. Sa forme rectangulaire, classique et sévère, est adoucie par une ornementation tout en mouvements. Plusieurs registres de frises alternent d’élégantes coquilles et des branchages enlacés nommés « rinceaux ». Des baguettes moulurées encadrent ces éléments pour mieux les mettre en valeur. La structure est en bois, le plus souvent du hêtre. Il est d’abord mouluré, puis sculpté avant de recevoir une couche de stuc, genre de plâtre, enduit à base de chaux. Le voici alors près pour son ultime habillage, la dorure. La glace semble en bon état mais seul un examen physique permettrait de déterminer s’il s’agit d’une glace moderne ou bien d’une glace au mercure. Cette technique, employée dès le XVème siècle, subsiste jusqu’en1850, date de son interdiction. À cause des vapeurs de mercure, les artisans miroitiers ne dépassaient pas les 30 ans ! Le besoin qu’a l’homme de se mirer remonte aux âges les plus anciens. Les Égyptiens utilisent le métal, ou certaines pierres sombres comme l’obsidienne, qu’ils polissent pour en faire de petits miroirs. Au Moyen-Age, en Europe, apparait la technique de la plaque de verre appliquée sur une plaque de métal poli. Au XVème et le XVIème siècle, c’est l’âge d’or des maîtres miroitiers ! Les plus célèbres sont les artisans de Venise qui, confinés sur l’île de Murano, améliorent la découverte du miroir étamé et la technique au mercure. Les doges menaçaient de mort quiconque oserait fuir l’île et divulguer ses secrets de fabrication ! Mais inévitablement, ces secrets s’échappèrent et l’Allemagne en fût le premier bénéficiaire. Au début du XVIIème siècle, en France, Colbert ouvre la manufacture française des glaces dont la plus belle œuvre sera la célèbre « Galerie des Glaces de Versailles » conçue par Jules Hardouin-Mansart vers 1680.
Le miroir de notre lectrice ne provient pas de l’illustre Galerie ! Il est cependant de belle facture et date de l’époque de la Restauration, premier tiers du XIXème siècle. Les angles sont un peu fendus, comme c’est le cas pour de nombreux miroirs anciens. Ceci est dû au travail du bois, matériau vivant. Elle est cependant en bon état et seule la datation de la glace elle-même est à confirmer. En vente aux enchères, comptez autour de 500 euros. Une coquette somme pour ce miroir qui à coup sûr n’est pas un miroir aux alouettes !
Françoise de Mont-près-Chambord nous envoie la photo d’une coiffeuse dont elle souhaite connaître la valeur ainsi que le bois. Aymeric Rouillac, commissaire-priseur, nous donne son avis.
La coiffeuse est le meuble féminin par excellence. Son ancêtre, la table de toilette, tient son nom de la fine toile qui la recouvre et accueille le miroir. Au Siècle des Lumières, elle devient un meuble à part entière et surtout, un meuble mondain. Après la « première toilette » qui consiste en un bain ou toilette du corps, la coiffeuse reçoit la « seconde toilette ». Les précieuses y reçoivent même leurs prétendants et l’on dit de ces amoureux qu’ils sont des « piliers de toilette » ! À la fin du XVIIIème siècle, la coiffeuse est reléguée dans le cabinet de toilette, espace plus intime. Le plus souvent, le plateau de la coiffeuse s’ouvre pour découvrir un miroir et deux caissons compartimentés. L’élégante peut y ranger flacons, onguents, nécessaire de coiffure, vinaigres et autres poudres. La façade peut présenter des tiroirs ou de petites tirettes augmentant la surface du plateau. Les pieds sont hauts et traduisent le style d’une époque. Meubles raffinés, de nombreuses coiffeuses affichent un placage de bois exotique comme le bois de rose ou de violette. Les essences les plus rares sont associées pour la création des décors. Comble du luxe, la table de toilette livrée en 1822 pour la duchesse du Berry, belle-fille de Charles X. Un modèle unique en cristal taillé sur une monture de bronze doré, conservé au musée du Louvre.
La coiffeuse de notre lectrice est en placage de bois exotique, probablement du palissandre aux vues de ces fortes veines noires. Elle présente la forme et la disposition classique des coiffeuses anciennes avec son miroir escamotable central et ses différents tiroirs et caissons. Elle adopte le style Louis XV avec ses pieds cambrés et sa traverse mouvementée. Mais qui dit style, ne veut pas nécessairement dire époque ! L’ensemble manque de légèreté. La sculpture de la traverse est trop simple et symétrique. La jonction entre les montants et les pieds est maladroit. Les boutons de tirage, réduits à leur plus simple expression, n’apportent ni mouvement ni lumière au meuble.
Cette petite coiffeuse est une création du XXème siècle. Les copies anciennes sont aujourd’hui désuètes et leur cote a baissé. Sous réserve d’un examen physique, sa valeur en vente aux enchères serait d’environ 50 €. La coquetterie des jeunes filles, elle, n’a pourtant pas diminué !