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Théodore Géricault (Rouen, 1791 - Paris, 1824)

Quatre chevaux à l'écurie, vers 1821-1823

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Huile sur papier marouflé sur toile.

Haut. 22, Larg. 28 cm.


Verso : Annotation, au crayon noir, en bas à gauche du châssis : " Géricault/ 182[1 (?)] ", rédigée sur une ancienne inscription, en partie invisible : " TH GER[…] " 

Théodore GERICAULT. Four horses in a stable. Oil on paper mounted on canvas.

Examens scientifiques

  • Tableau nettoyé et restauré en 2015 par Mme Laurence Baron-Callegari (diplômée de L'IFROA).
  • Tableau examiné par Lumiere Technology en 2015. Examen photographique multispectral à 240 millions de pixels : Couleurs D65 ; lumière rasante ; réflectographie ultraviolet ; réflectographie fausses couleurs ; réflectographie fausses couleurs inversées ; réflectographie infrarouge 900nm & 1000nm ; émissio infrarouge ; LAM ; radiographie.

Authenticité

Cette œœuvre sera incluse dans le Catalogue raisonné des tableaux de Théodore Géricault, actuellement en préparation par M. Bruno Chenique.

VIVRE VITE ET MOURIR JEUNE AVEC GÉRICAULT

Mardi 10 Mai 2016

Tout sur un plateau, émission présentée par Émilie Tardif

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LE POINT DE VUE DE L'EXPERT


Ce joli petit tableau nous semble important à plus d'un titre. Il est inédit et vient compléter nos connaissances sur la production de Géricault pendant les années 1820 et sans doute celle d'après 1821, date de son retour d'Angleterre.

Entré en 1808 dans l'atelier de Carle Vernet, alors qu'il n'a pas encore ses 17 ans, Géricault ne devait jamais cesser d'exprimer sa passion pour la plus noble conquête de l'homme. De ses nombreux séjours en Normandie, un de ses cousins rapportera cet important témoignage : " Les chevaux, il l'avouait lui-même, lui tournaient la tête, et nul peintre ne sentit peut-être aussi vivement que lui la beauté de ce fier et fougueux animal […], tant sa passion pour le cheval tenait presque de la folie ! Dès l'âge le plus tendre, il s'enfermait dans les écuries avec ses crayons, pendant des jours entiers ".

La technique utilisée par Géricault pour peindre ces Quatre chevaux à l'écurie correspond, en l'état actuel de nos connaissances, à celle des années 1820-1823 : une superbe et subtile gamme chromatique à base de camaïeux de brun et de gris, mais encore l'exploration favorite de Géricault, à savoir l'étude et la retranscription des couleurs des robes. Ces chevaux à l'écurie, de gauche à droite, sont alezan crins lavés, blanc et gris pommelé. Une proche iconographie qui se retrouve dans l'aquarelle de Deux chevaux à l'écurie, que conserve le musée du Louvre et que Philippe Grunchec, à juste titre, pense " indissociable de l'expérience anglaise ".

Le tableau des Quatre chevaux à l'écurie peut encore être mis en rapport avec deux autres (là encore des papiers marouflés sur toile) à la provenance prestigieuse, à savoir celle du général Fortuné de Brack (1789-1850), ami intime du peintre. Le premier, Trois chevaux dans une écurie (14,5 x 22 cm), est de toute évidence une rapide ébauche. Des coups de brosse (en petits traits parallèles et en virgules) et des empâtements audacieux structurent et dessinent à la pointe du pinceau les corps massifs des trois chevaux. Le second tableau (14,7 x 21,2 cm) est encore plus intéressant tant il présente de similitudes avec celui que nous présentons : même position des chevaux, cadrage resserré, fulgurance de l'écriture picturale, traitement de la lumière. Il nous semble pratiquement évident que ce tableau des Quatre chevaux à l'écurie appartient à cette série et qu'il en constitue certainement l'aboutissement : l'architecture de l'écurie y est parfaitement décrite (à la différence des ébauches de la collection Brack) et les chevaux sont achevés (selon les critères esthétiques du romantisme).

Géricault, comme l'a si bien remarqué Lorenz Eitner, s'est beaucoup intéressé à ce genre de chevaux destinés aux lourdes taches : " Les formes massives des chevaux de trait, athlètes et prolétariens de l'espèce équine, captivent l'artiste. Leur présence continuelle dans ses dessins et lithographies de la période ne peut s'expliquer par une mode quelconque. A n'en pas douter, Géricault aurait eu plus de facilité à vendre des images de chevaux de race. Mais les animaux de labeur incarnent à ses yeux un mode d'existence qui retient son attention à Londres ". A Londres, certes, mais encore, à son retour en France.

Expert : Bruno Chenique. Tél. 06 15 93 16 71.