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Libertas Americana

« LIBERTAS AMERICANA » Un mythe américain

Née de l’imagination de Benjamin Franklin, la “Libertas Americana” est la plus célèbre des médailles américaines. Au lendemain de Yorktown, alors que la guerre d’Indépendance touche à sa fin gagnée par les treize colonies devenues République, il est temps pour le père fondateur des États-Unis et ministre plénipotentiaire à Paris de faire graver dans le métal cet évènement historique. C’est au début de 1782 qu’il confie au dessinateur Antoine Gibelin le soin d’esquisser son projet qui prendra vie sous le burin du graveur Augustin Dupré. Tout en symboles, cette médaille doit représenter à la fois la Liberté conquise, la protection de la France et la puissance en devenir de la jeune et victorieuse République. 


Au printemps 1783 les coins sont enfin prêts et les premières médailles frappées. Dans une lettre du 13 avril 1783 à Robert R.Livingston, Secrétaire des Affaires étrangères, Franklin annonce avoir offert en signe de reconnaissance à la Nation française un exemplaire en or au roi et un autre à la reine, ainsi qu’un exemplaire en argent à chacun des ministres.


Joseph Siffred Duplessis, Benjamin Franklin, 1785, Smithsonian National Portrait Gallery

Il joint à sa lettre un exemplaire en argent pour le Président du Congrès et un en bronze pour son correspondant et lui fait part de l’envoi prochain d’une médaille en bronze pour chacun des membres du Congrès. Il espère que son initiative sera approuvée et reprise par celui-ci, et offre même la possibilité de faire modifier le coin en ce sens. Mais la “Libertas Americana” restera l’œuvre privée de Franklin. Il en assume seul les coûts et, fidèle à ses idéaux altruistes, offre ce magnifique outil diplomatique à son pays. Dés le 6 avril1783, il fait parvenir au grand maître de Malte, Emmanuel de Rohan-Polduc, un exemplaire d’argent, accompagné d’une demande de protection pour ses concitoyens relâchant dans les ports de l’île de Malte. Ce qu’acceptera le grand maître après l’avoir remercié pour son geste et la qualité de cette médaille en ces termes : “This monument of American liberty has a distinguished place in my cabinet” (lettre du 21juin 1783).

Mais que représente ce monument de la Liberté américaine ? L’avers figure, sous la légende “LIBERTAS.AMERICANA.”, le buste à gauche d’une jeune femme élancée, les cheveux dénoués flottants au vent, une hampe surmontée du bonnet de la liberté reposant sur son épaule droite. À l’exergue la date en français “4 JUIL.1776.”. Elle est signée “DUPRÉ” sous le buste.

Le revers présente, sous la Légende “NON SINE DIIS ANIMOSUS INFANS.”, une riche composition où la France, symbolisée par Minerve casquée et armée d’une lance, protège du léopard Britannique, grâce à son bouclier orné de trois lys, la jeune Amérique sous les traits d’Hercule enfant, assis dans ses langes sur un bouclier, étouffant deux serpents. À l’exergue les dates “17 / 19 OCT. 1777. /1781.”. La signature “DUPRÉ F.” est gravée sous la queue du léopard, qui est placée entre ses pattes en signe de couardise. La légende, tirée du livre III des Odes d’Horace, signifie “l’enfant courageux fut aidé des dieux”, les deux dates renvoient aux victoires remportées sur les armées des généraux Burgoyne à Saratoga et Cornwallis à Yorktown. Franklin voyant dans ces victoires un heureux présage pour son jeune pays (“The extinguishing of two entire armies in one war is what has rarely happened, and it gives a presage of the future force of our growing empire”, lettre du 4 mars 1782 au Secrétaire des Affaires étrangères à propos de son projet de médaille).


De la composition du revers, quatre dessins et une terre cuite sont conservés. Deux dessins sont de Gibelin, l’un est entré à la Librairie du Congrès de Washington en 2010, il semble être la composition la plus ancienne, en effet, comme l’avait suggéré Franklin, Hercule est encore dans son berceau, l’autre est un croquis conservé au Musée de la Coopération franco-américaine de Blérancourt. Deux croquis de Dupré sont également connus, l’un au Musée des Arts décoratifs de Paris, l’autre à l’American Philisophical Society de Philadelphie. Sur ces deux projets, Hercule est figuré sur un bouclier, évoquant ainsi la nature guerrière de sa naissance. Enfin, une terre cuite attribuée à Dupré, modèle de la médaille, est également conservée au Musée de la Coopération franco-américaine de Blérancourt.

Nous ne possédons aucun élément concernant l’avers. Les archives de Dupré ayant été dispersées, aucun dessin de la genèse de sa splendide Liberté ne semble avoir été conservé. Rapidement coiffée de son emblématique bonnet, elle connaîtra cependant une postérité universelle. Aux États-Unis elle figurera dés 1793 sur les monnaies de cuivre, puis sera reprise tout au long du XIXesiècle. En France, dès 1783, elle sera reproduite sur la toile de la manufacture de Jouy de M. Oberkampf intitulée “L’indépendance américaine” et, en 1792, elle inspirera directement au graveur Galle sa “Liberté française” pour l’essai monétaire en métal de cloche frappé par les Artistes réunis de Lyon.

Bien qu’officiellement absente de la série des onze médailles dites “Comitia Americana”, votées par le Congrès pour commémorer les principales victoires de la Guerre d’Indépéndance, la “Libertas Americana” lui est de fait rattachée. La jeune République américaine n’ayant pas alors les moyens de réaliser de tels monuments métalliques, cette série fut réalisée en France. L’Académie des Inscriptions et des Belles Lettres en composa les légendes, Dupré, Duvivier et Gateaux se chargèrent de la gravure. Il ne fut ensuite frappé de chacune de ces médailles qu’un seul exemplaire en or et un seul en argent remis au héros figurant sur celle-ci et quelques exemplaires en bronze.

De cette série de médailles fondatrices, aujourd’hui toutes inaccessibles ou disparues, cependant cœur de toute collection de médailles américaines, la seule qui apparaisse parfois sur le marché est la désormais mythique “Libertas Americana” d’Augustin Dupré, parfois en bronze, beaucoup plus rarement en argent, jamais en or... les deux médailles royales ayant été perdues à la Révolution.

John W. Adams et Anne E. Bentley dans leur incontournable ouvrage “Comitia Americana, and related medals” (George Frederick Kolbe, Crestline, California 2007), ont estimé qu’outres les deux médailles en or, Franklin aurait fait frapper soixante médailles en argent et deux cents en bronze. Ils n’en ont recensé que cinquante-neuf exemplaires subsistants : trente-sept en bronze et vingt-deux en argent. La plupart sont conservées dans des institutions publiques et quelques prestigieuses collections privées dont : le Kunstistorisches Museum de Vienne, l’American Numismatic Society et la New England Collection de New-York, la Massachusetts Historical Society de Boston, la Yale University Art Galery de Newhaven ou encore la Cardinal Collection.

Nous avons le privilège de vous présenter deux rares exemplaires d’époque provenant de collections françaises, l’un en argent, l’autre en bronze.

Jean-Christophe Palthey

Esprit Antoine GIBELIN (Aix-en-Provence 1739-1814), est un peintre et graveur français qui débute sa carrière par un long séjour en Italie d’où il ramène un goût prononcé pour l’antiquité, les fresques et les grandes compositions allégoriques. Installé à Paris en 1771, il décore le grand amphithéâtre de l’école de chirurgie, ainsi que l’École militaire, et de nombreux hôtels particuliers. Habile graveur, il illustre de nombreux ouvrages d’antiquités, et réalise des projets de médailles, notamment avec Dupré avec lequel il travaille sur la “Libertas Americana” et le bailli de Suffren. Il adhère à la Révolution et est logé par la Nation au Louvre puis à la Sorbonne. Il présente au Salon de l’an IV un projet de médaille figurant la Convention et publie la même année un livre intitulé “De l’origine et de la forme du bonnet de la Liberté”.

Augustin DUPRÉ (Saint-Étienne 1748-Armentières-en-Brie 1833), le célèbre graveur de monnaies et médailles français débute sa carrière à la Manufacture royale d’armes de Saint-Étienne où il grave des armes, il quitte rapidement sa ville natale pour Lyon puis s’installe à Paris. En 1770, il apprend la gravure sur médailles. Il expose onze médailles au Salon du Coliséeen 1776. Protégé par le sculpteur Jean-Antoine Houdon, il suit ses cours à l’Académie royale de peinture et sculpture de 1777 à 1782 où il se lit d’amitié avec le peintre Jacques-Louis David. Il réalise ensuite la fameuse “Libertas Americana”, le cachet personnel de Franklin, la médaille de Franklin et trois médailles de la série “Comitia Americana” (capitaine John Paul Jones, brigadier général Daniel Morgan et major général Nathaniel Greene). La Révolution offre un tremplin à son talent, en 1791 il est nommé graveur général des Monnaies, poste qu’il occupe jusqu’en 1803, année où il remplacé par Pierre Joseph Tiolier. Sans doute écarté pour ses sympathies républicaines trop prononcées, il continue cependant à graver et exposer au Salon. Il ne recevra la Légion d’honneur qu’en 1831.

[FRANKLIN, Benjamin].“Libertas Americana” médaille en argent par Augustin Dupré.



Frappe originale du XVIIIesiècle présentant sur l’avers les défauts de frappe caractéristique sous le 4 et derrière la chevelure provenant de manques survenus après le trempage du coin (ces défauts n’apparaissant pas sur la première épreuve en plomb envoyée pas Franklin en Amérique).

La tranche, légèrementin curvée à bords doux, présente quelques petits coups sans déformations importantes et une petite marque en forme de I.

Malgré quelques griffures sur les flans et une légère usure des reliefs, elle possède une remarquable patine gris bleu légèrement brillante et nuancée de reflets plus sombres autor des personnages lui donnant un aspect particulièrement attrayant.

Diamètre : 47,5 mm – poids : 57,6 g.

TB à TTB

Certificat de sortie du territoire français

Provenance : collection particulière, Touraine.

[FRANKLIN, Benjamin]. “Libertas Americana” médaille en bronze parAugustin Dupré.


Frappe originale du XVIIIesiècle présentant également sur l’avers les défauts de frappe caractéristique.

La tranche présente un choc avec déformation visible sur l’avers à la gauche de l’exergue, quelques griffures sur les flans, et d’infimes traces de vert-de-gris sur le revers, néanmoins, elle présente une belle patine bronze, avec des reflets plus sombres autour des reliefs.

Diamètre : 48 mm –poids : 45,9 g.

TTB

Certificat de sortie du territoire français 

Provenance : collection particulière, Touraine.


LIBERTAS AMERICANA : LES MÉDAILLES DE L'INDÉPENDANCE


Tout sur un plateau, émission présentée par Séverine Findeling

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