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SOUVENIRS DE THAN-THAÏ


SOUVENIRS de Sa Majesté l'EMPEREUR du VIETNAM.

THAN-THAÏ (1879-1954) est le 10ème souverain, politique et chef religieux - de la dynastie des Nguyen, qui en comptera treize, entre 1802 et 1945, avec le dernier empereur Bao Dai. Cette dynastie réunit, après deux siècles de division, le nord et le sud du Vietnam. La vie de Than-Thaï fut étonnante : avoir son père emmuré vivant, être soi-même forcé d'abdiquer, puis voir son fils détrôné, être exilés père et fils ensemble, voilà une destinée bien rare pour un monarque, et tel fut le cas de Than-Thaï, vrai empereur, faux fou. Il régna pendant 19 ans. Dès l'âge de 10 ans, de 1889 à 1907 - abdiqua pour cause de démence, puis fut exilé à la Réunion, où il mourut.

Le pousse-pousse a été commandé par l'empereur d'Annam au village de Kinh-Luoc à Hanoi, pour sa mère l'impératrice TU-MINH épouse de l'empereur DUC-DUC, décédée en 1906. Le lit de Than-Thaï, lui, venait de ses ancêtres.

Pousse-pousse et lit furent acquis au palais de Hue le 18 octobre 1907, par Prosper JOURDAN inspecteur responsable de la Garde indigène du souverain en exil, pour la somme de 400 piastres - directement auprès de l'empereur, contre une voiture.  Conservés depuis 1907 dans la famille Jourdan, ce pousse-pousse et ce lit de camp furent exposés à Dijon en 1916, à la Bourse du commerce.

Un dossier complet, correspondances, notes, coupures de presse, photos, facture manuscrite signée par l'Empereur... sera remis à l'acquéreur, ainsi que la revue l'Illustration n° 3374 du 26 octobre 1907, p.265-269.

 
Pousse-pousse de
l'Impératrice TU-MINH

 
Lit des empereurs
du Viet-Nam

DEUX ŒUVRES d’ART IMPÉRIALES UNIQUES.

Conservées en France dans la même famille depuis un centenaire elles ont pu échapper aux divers conflits qui ravagèrent la Cité Impériale de Hué.

Le Lit de camp.

Sa Majesté Thanh Thaï (10e Empereur de la dynastie des Nguyen) a déclaré le détenir de ses ancêtres, on peut donc supposer que, compte tenu de la brièveté de certains règnes, il provient au moins du règne de Tu Duc (1847-1883)voire de Gia Long (1802-1819) premier souverain de la dynastie des Nguyen, ceci en raison de son style et de son degré d’usure. Son décor luxueux d’inspiration chinoise et la figure du Dragon de l’Annam sculptée au dos de la tête de lit indiquent sans hésitation sa destination impériale. Ce lit de camp ayant dû être monté dans la salle du Trône du Palais où était détenu Thanh Thaï pendant sa phase de résidence surveillée d’août à octobre 1907 il est avéré que l’Empereur déchu y dormit pendant toute cette période.

Le Pousse-pousse.

Il a été commandé vraisemblablement dès son début de règne par S.M Thanh Thai(alors âgé de 10 ans lors de son intronisation en 1889) pour sa mère Tu Minh qu’il aimait beaucoup afin qu’elle puisse se promener dans les jardins de la vaste Cité Impériale où elle était recluse, comme beaucoup de membres de la famille régnante.C’est elle-même qui en fixa les caractéristiques : dimensions, siège, double garde-boues, décor… Il fut fabriqué en bois dur du Tonkin dans deux villages près de Hanoï : Kwang Hsing1 pour le châssis et Kinh Luoc2 pour les magnifiques incrustations de nacre sur laque noire.Les roues sont cerclées de fer, car la possibilité d’y installer des pneus n’apparut que plus tard, et les lanternes à bougies à ressort, sont un signe de richesse et de modernité réservé à la noblesse.Le médaillon rond en nacre situé derrière le dossier serait la « marque » personnelle de la personne détentrice du pousse-pousse, donc la Reine Mère elle-même.Deux hommes pouvaient être affectés au pousse-pousse, l’un pour tirer, l’autre pour pousser en cas de difficulté selon l’état, souvent boueux,des routes et chemins ou en raison de leur pente. (1)Voir la double inscription, en mandarin et en tonkinois, dans le coffre du siège.(2)D’après les récits de Prosper Jourdan.Tu Minh était reine-douairière (Hoang Thai Hau), veuve de l’empereur Duc Duc qui ne régna que trois jours en1883, condamné par des mandarins corrompus et ambitieux, pour « falsification d’un testament royal et débauche », à être emmuré dans une cellule où il mourut de faim en 8 jours.Elle mourut en 1906,un an avant l’abdication forcée de son fils.

Origine de ces biens

Plutôt que de les voir tomber en des mains mercantiles, Thanh Thai vendit, par acte manuscrit du 18 octobre 1907, ce pousse-pousse et ce lit de camp à l’Inspecteur Jourdan (chef de la Garde Indigène) avec lequel il avait sympathisé pendant les plus de deux mois de sa mise en résidence surveillée dans la Cité Impériale d’Hué jusqu’à son installation à la Villa Blanche au Cap St Jacques (Vung Tau en Cochinchine). Il n’en avait d’ailleurs plus l’emploi dans sa résidence d’exil où il n’était autorisé à emmener qu’une suite réduite de personnes et peu de bagages, alors qu’il avait bien besoin d’argent.Féru de modernisme il souhaitait en effet acheter une automobile pour remplacer celle de fonction qui lui avait été confisquée. En signe de gratitude pour son attitude à son égard il lui fit aussi don de son sabre d’apparat à poignée d’ivoire et d’or et à fourreau d’argent.

Prosper JOURDAN.

Prosper Jourdan, après 7 années de service en métropole dans l’Infanterie puis à la Garde Républicaine, est affecté en 1894au Détachement de Gendarmerie du Tonkin. Il passe ensuite à la Garde Indigène en 1897 et en particulier il est chargé du Bureau du chiffre au Gouvernement Général à Hanoï sous Paul Doumer. Il occupe divers autres postes à la Garde Indigène au Tonkin, notamment à Son La et Hoa Binh, et aussi à Saïgon et à Hué. Débutant comme « Garde Principal » il est nommé « Inspecteur de 3ème classe » en 1903. Nommé en juillet 1912 « Inspecteur de 1èreclasse », il termine sa carrière comme commandant de la Brigade de la Garde Indigène de Quinhon jusqu’à son départ en retraite en France en novembre 1915, soit 19 ans d’affectation continue au Vietnam.Bien que volontaire en 1914 pour servir face à l’Allemagne il fut maintenu à son poste comme tous ceux servant en Indochine. Il décéda en 1948 à l’âge de 80ans.Il est décoré du Kim Khanh de 1ère classe en 1900, fait Chevalier de l’ordre Impérial du Dragon en 1902 et Officier de l’Ordre Royal du Cambodge en 1904.

Sa mission exceptionnelle

à été sa désignation, alors Inspecteur de 2ème classe (= Lieutenant), le 29 juillet 1907, pour organiser l’isolement et l’investissement par surprise de la Cité Impériale d’Hué en vue de s’assurer, avec tout le respect dû à sa Majesté, de la personne de l’Empereur Thanh Thai lors de sa déposition, puis d’en assurer la garde et la protection à l’intérieur du Palais jusqu’à son abdication forcée le 2 septembre et à son exil au Cap St Jacques en Cochinchine le 21 octobre. Il disposait pour cette mission de la réunion de détachements de plusieurs brigades de la Garde Indigène et de la Garde Royale, constituant 250 gardes« sûrs » encadrés par 6 Gardes Principaux français, dont un interprète. Installé lui-même au plus près à l’intérieur du Palais il vécut ainsi pendant toute cette période dans l’intimité de l’Empereur déchu.Il en a fait un recueil de récits inédits et parfois croustillants sur les mœurs de la cour impériale.

La Garde Indigène.

C’était une force de police, sorte de milice, de 15000 à 18000 hommes,directement rattachée au Gouvernement Général (et à l’Armée en cas de guerre) pour assurer la paix intérieure du territoire. Son recrutement indigène était local dans chaque territoire. L’encadrement était réalisé à partir de cadres de l’Armée et de la Gendarmerie, les sous-officiers devenant « Gardes principaux » et les officiers devenant « Inspecteurs ». Le grade maximum atteignable était celui d’ « Inspecteur de 1ère classe »équivalent au grade de « Capitaine ». Elle eut un grand rôle dans la pacification, car très rustique et souple sur le terrain. Elle était reconnue comme beaucoup plus apte à lutter contre les nombreuses bandes de pirates qui sévissaient partout que les troupes métropolitaines, trop rigides, qui étaient ainsi plutôt affectées à l’occupation des points forts et à la surveillance des grands axes. Elle réussit de très nombreux faits d’armes dans sa lutte contre la grande piraterie et fut ainsi considérée comme une unité d’élite alors que moins bien équipée que les troupes métropolitaines. Elle fut dissoute par transformation en unités de Tirailleurs, et ainsi rattachée à l’Armée, à l’occasion du conflit avec le Japon en 1940.