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Une Commode de Riesener

         

Superbe COMMODE à léger ressaut central en acajou et placage d'acajou.

Elle présente deux larges tiroirs sans traverse, surmontés d'un rang de trois petits tiroirs. Montants antérieurs et postérieurs légèrement arrondis, reposant sur quatre pieds fuselés et cannelés. Riche ornementation de bronzes ciselés et dorés : encadrements, baguettes moulurées de godrons et feuilles d'eau, poignées à anneaux et pastilles à tore de laurier, entrées de serrures à double tête d'aigle aux feuilles d'acanthe et grappes. Les chutes d'angle à guirlandes et pampres. Sabots et anneaux ouvragés de feuilles d'eau. Le tablier en cul de lampe à feuille d'acanthe et pomme de pin.
Dessus marbre blanc très légèrement veiné de gris.


Estampille J.H. RIESENER.
Jean-Henri Riesener (1734-1806), reçu maître en 1768.

Époque Louis XVI, c. 1780-1785.Hauteur : 87 cm. Largeur : 119,5 cm. Profondeur : 55,5 cm. (restaurations d'usage, poli à la cire).

Provenance

  • château de Budé à Yerres (Essonne), propriété de la famille Hamelin jusqu'en 2000. Notre commode cachée à la Révolution entre 2 cloisons fut retrouvée fortuitement à la fin de la seconde guerre mondiale.
  • collection du Tarn depuis 2004.

A splendide RIESENER COMMODE veneer in mahogany with a light central projection. Rich decoration with ciseled and gilt-bronzes. Cover in white marble, lightly veined in gray. Marked RIESENER. Period: Louis XVI. From the former collection of the Budé Castle.


LES COMMODES EN ACAJOU PAR RIESENER DANS LES ANNÉES 1780


Jean Pâris de Montmartel, seigneur de Brunoy vend le château de Budé à Yerres à Jean Philippe David en 1745, qui le revend en 1795. Le marquisat est vendu moyennant 1 800 000 livres le 30 avril 1776 au Comte de Provence, frère de Louis XVI, futur Louis XVIII. (Bulletin de la Société historique et archéologique de Corbeil d'Etampes et du Hurepoix, 1978, pp.46-47.)

Jean-Henri Riesener (1734-1806) est un ébéniste d'origine allemande, formé dans l'atelier de Jean-François Oeben. Reçu maître le 23 janvier 1768, il reçoit le titre d'ébéniste ordinaire du mobilier de la Couronne, en remplacement de Joubert. Durant plus de dix ans, il est le plus grand et le plus célèbre fournisseur des hauts personnages de la Cour et des demeures des membres de la famille royale, pour qui il produit environ 700 meubles. Sur cette commode nous retrouvons les qualités esthétiques, la sobriété des lignes, le raffinement de la construction et la magnificence des bronzes, caractéristiques des ouvrages de Riesener. (Figure 1)

On retrouve cette luxuriance des bronzes dans les réalisations de François Rémond et Pierre Gouthière. Le haut des pilastres est orné de délicates chutes en bronze : un enrubanné de guirlandes à décor alterné de grappes de raisin et de feuilles de vigne finement ciselées, et doré à l'or moulu. Notons que l'on retrouve le même cul de lampe de notre commode à décor de canaux, feuilles d'acanthes et pigne de pin - sur les commodes  Riesener exposées : à la Frick collection à New York, au Musée Jacquemart-André à Paris, et à Versailles, au Petit Trianon sur la commode dans l'ancien billard, ou petite salle à manger du grand étage. Notre commode témoigne du changement du goût apparu dans les années 1765-1770. Elle peut être datée des années 1785 par son architecture : léger ressaut central, les montants arrondis et défoncés. Elle illustre parfaitement la simplicité du décor qui privilégie la ligne où l'acajou à ramages prend tout son éclat et abandonne le "tableaux de marqueterie" cher à Oeben. (Figure 2)

Elle peut être rapprochée de celle de la collection Bouvier (conservée au musée Carnavalet, n°183) et de l'exemplaire provenant de la collection de Nelly Debray (conservée au même musée Carnavalet). 


Cette répartition tripartite de la façade se retrouve sur : la commode livrée en 1783 pour le salon des jeux de Louis XVI à Fontainebleau (conservée au Institute of Arts à Chicago) ou celle livrée pour la chambre de Marie Antoinette aux Tuileries en 1784 (conservée au Musée du Louvre à Paris) ; sans oublier le rapprochement avec les commodes présentées au Salon des Nobles de la Reine à Versailles en 1786, et à celui de ce même Salon des Nobles de Saint Cloud en 1788. (Figure 3)

Enfin on note dans la soumission de Riesener en 1786, des commodes similaires dont une de quatre pieds de long qui pourrait correspondre à la typologie de celle que nous présentons. (Arch. nat. 01 3640)  (Figure 4) :

"ouvrage en bois d'acajou :

  • commode de 4 pieds de long, ayant 5 tiroirs poli à la cire en dedans et en dehors ornée de sabots, chapiteaux, entrées et anneaux dorés, à dessus de marbre ordinaire  300 L
  • la même, de 3 pieds de long  280 L..."

Philippe Rouillac