Corpus inédit de l’œuvre théâtrale

Lundi 06 avril 2026

par Charles Coypel

Charles-Antoine Coypel (Français, 1694-1752)

Corpus inédit de l’œuvre théâtrale, c. 1719-1752

Trente-neuf manuscrits, mis au propre à plusieurs mains, réunissant notamment trente-deux pièces (trente comédies et deux tragédies), dont sept pièces inédites à ce jour : Le Portrait, Ariste, L'Écueil de la Jeunesse, L'École des Petits-Maîtres, Le Satyrique, L'Enfant Gâté et La Curiosi-Manie, vive satire du monde des collectionneurs de dessins.

Sept volumes in-4 reliés couverts marbré bleuté d’époque, quatre cahiers in-4 et la copie manuscrite d’une lettre.

Provenance : bibliothèque de l’auteur, conservé depuis l’origine dans la famille de son frère et unique héritier Philippe Coypel (1703-1777), par descendance et par alliance, Tours.

Corpus inédit de l’œuvre dramatique de Charles-Antoine Coypel : premier peintre du roi et directeur de l’Académie royale de peinture et de sculpture

Charles-Antoine Coypel appartient à l'une des dynasties artistiques les plus influentes de la France du XVIIIe siècle. Son grand-père Noël dirigea l'Académie de France à Rome, son père Antoine fut Premier peintre du roi — et Charles-Antoine leur succéda naturellement, atteignant en 1747 le double sommet de la hiérarchie des arts : Premier peintre du roi et directeur de l'Académie royale de peinture et de sculpture. Portraitiste, pastelliste et concepteur des cartons de la célèbre série Don Quichotte pour la Manufacture des Gobelins, il travailla pour Louis XV, Marie Leszczynska et Madame de Pompadour. Ses tableaux les plus célèbres, La Colère d'Achille (musée de l'Ermitage) et Athalie interrogeant Joas (musée des Beaux-Arts de Brest), témoignent d'une esthétique où la peinture devient scène de théâtre.

Car Coypel nourrissait une seconde passion, moins connue : l'écriture dramatique. Il composait des pièces destinées non aux scènes publiques, mais aux salons de la haute société et aux appartements de la famille royale — ce qu'il définissait lui-même comme des « réflexions morales mises en action ». Le Dauphin les tenait en permanence sur sa table et projetait de les faire imprimer à ses frais ; sa mort fit évanouir ce projet. Voltaire, lui, s'en agaça dans une épigramme restée célèbre : « Il est poète au pinceau, et peintre par hasard. »

Le fonds présenté ici constitue le corpus quasi complet de cette œuvre dramatique. Il se compose de sept volumes in-4 reliés en cartonnage marbré bleuté d'époque, quatre cahiers in-4 à cordons de soie bleus et la copie d'une lettre adressée à l'abbé de Rothelin, confident et collaborateur littéraire de l'artiste — soit trente-deux titres au total : trente comédies en prose et deux tragédies en vers. Sept pièces demeurent inédites à ce jour : Le Portrait, Ariste, L'Écueil de la Jeunesse, L'École des Petits-Maîtres, Le Satyrique, L'Enfant Gâté et La Curiosi-Manie, cette dernière constituant une vive satire du monde des collectionneurs de dessins.

Ces manuscrits étaient jalousement gardés : le duc de La Vallière, qui en possédait une copie, rapporte que Coypel était « fort jaloux de ne pas les rendre publiques » et que l'obtention d'un exemplaire constituait « une preuve de la plus grande confiance ». Plusieurs volumes portent des ratures, corrections et ajouts autographes, témoins directs du travail de l'artiste sur ses textes. Trois copies manuscrites sont conservées dans les collections publiques — bibliothèques de Valenciennes, de la BnF et de l'Arsenal — mais elles ne comptent que vingt et un titres au total. Le présent corpus, conservé dans la famille depuis plus de 250 ans par descendance directe depuis le frère et unique héritier de l'artiste, est la source la plus complète qui existe pour l'étude de l'œuvre dramatique de Coypel et de ses liens profonds avec sa pratique picturale.

Ce corpus constitue une source de premier plan pour l'histoire du théâtre de société et l'étude des liens profonds entre peinture et littérature au début des Lumières.

Corpus inédit des œuvres théâtrales de Charles-Antoine Coypel (1694-1752), Premier peintre du roi, directeur de l’Académie royale de peinture et de sculpture

Cet ensemble unique de manuscrits constitue l'œuvre dramatique de Charles-Antoine Coypel, réunissant trente-deux pièces (trente comédies et deux tragédies), provenant de la bibliothèque de l’auteur et conservé depuis l’origine dans la famille par descendance et par alliance.
La découverte inédite d’un témoignage rare et intime sur la production littéraire de Charles-Antoine Coypel (1694-1752), Premier peintre du Roi, mais aussi homme de lettres passionné, révèle au grand public une facette méconnue de son talent : celle d’un dramaturge évoluant au cœur de la sociabilité savante du XVIIIe siècle, le Siècle des Lumières.

Ce corpus se distingue par son état de complétude quasi inédit, regroupant la quasi-totalité de ses comédies et tragédies, dont plusieurs pièces restent méconnues à ce jour. Loin d'être destinées au regard des théâtres publics, ces œuvres sont définies par l’auteur lui-même comme des « réflexions morales mises en action », conçues pour le divertissement de la famille royale ou des salons de la haute société.
Il constitue une source de premier plan pour l'histoire du théâtre de société et l'étude des liens profonds entre peinture et littérature au Grand Siècle.

Le fonds se décline en trente-neuf manuscrits, mis au propre à plusieurs mains, répartis en sept volumes in-4 reliés couverts marbré bleuté d’époque, quatre cahiers in-4 et la copie manuscrite d’une lettre.

(1 vol.) Le Portrait, comédie en un acte et en prose, 55 pp. - Ariste, comédie peu comique en trois actes et en prose, 173 pp. (avec ratures et corrections) - Prologue Cléante, Damon, 11 pp. - La Force de l’Exemple, pièce en cinq actes et en prose, 171 pp. - L’Écueil de la jeunesse, comédie en trois actes et en prose, 111 pp. (avec rature et ajout)

(1 vol.) L’Envieux, comédie en un acte (1730), 54 pp. - Le Défiant, comédie en trois actes (1732), 168 pp. - L’Auteur, comédie en trois actes, 158 pp. - Le Tracassier, comédie en cinq actes (1727), 153 pp. (avec rature et correction) - L’Impatient, comédie en un acte, 94 pp. (avec nombreuses ratures, corrections et ajouts)

(1 vol.) L’École des Pères, dialogue sur la façon dont on pourrait faire des comédies, 28 pp. - L’École des Pères, comédie en cinq actes, 194 pp. (avec qqs ratures et corrections) - Les Désordres du Jeu, comédie en trois actes (1740), 148 pp. - Les Bons procédés, comédie héroïque en trois actes (1730), 123 pp. - La Répétition, comédie en trois actes (1730), 101 pp.

(1 vol.) L’Avare fastueux, comédie en trois actes et en vers (1719), 134 pp. - L’Indocile, comédie en trois actes et en prose (1733), 138 pp. (avec qqs ratures et corrections) - La Soupçonneuse, comédie en trois actes et en prose (1720), 83 pp. - La Capricieuse, comédie en trois actes et en prose (1731), 128 pp. - Les Tantes, comédie en un acte et en prose (1742), 96 pp. (avec nombreux ajouts et corrections)

(1 vol.) Dialogue sur la nécessité de relire ses écrits avec un ami qui veuille bien partager avec nous la peine et l’ennui de les corriger, 21 pp. - Sigismond, tragédie en trois actes et en vers, 60 pp. - Les Captifs, prologue et comédie en trois actes, 119 pp. - Alceste, tragédie en trois actes, représentée sur le théâtre du Collège Mazarin le 20 août 1739, 62 pp. - Le Triomphe de la Raison, comédie allégorique représentée devant la Reine à Versailles le 17 de juillet 1730, avec « Placet à la Reyne qui lui fut présenté avant la Comédie », suivi du prologue et de la comédie, 95 pp. - La Poésie et la Peinture, comédie en trois actes et en prose, 96 pp. (avec corrections et ajouts) - Le Talent, allégorie héroïcomique en trois actes, avec en introduction la copie de la lettre adressée à Monsieur Fagon conseiller d’État ordinaire et au Conseil royal et intendant des Finances, 133 pp.

(1 vol.) L’École des Petits Maîtres, comédie (1719), 96 pp. (avec qqs ratures et corrections) - Les Trois Frères, comédie en trois actes et en prose (1731), 156 pp. avec ajouts sur feuillets volants - La Vengeance honnête, comédie en trois actes et en prose (1740), 153 pp. (avec ratures et corrections) - Les Jugements téméraires, comédie en trois actes et en prose (1739), 163 pp.

(1 vol.) Le Satyrique, comédie en trois actes et en prose (1745), 158 pp. - L’Enfant gaté, comédie en trois actes et en prose (1744), 156 pp. - La Curiosi-manie, comédie en trois actes et en prose (1745), 136 pp. (avec qqs corrections) - Le Danger des richesses, comédie en trois actes et en prose (1726), 116 pp.

(cahiers) Les Projets renversés, comédie en trois actes et en prose, 152 pp. in-8, 7 cahiers manuscrits reliés par cordons de soies bleus

(cahiers) La Force de l’exemple, pièce en cinq actes et en prose, 210 pp. in-8, 10 cahiers manuscrits reliés par cordon de soie bleu (mouillures)

(cahier) Le Tracassier, comédie en cinq actes, 164 pp. in-8 (avec ratures, corrections et ajouts) (trous de ver)

(cahiers) L’École des Petits-Maîtres, comédie, 85 pp. in-8, 4 cahiers manuscrits reliés par cordon de soie bleu (mouillures)

Copie manuscrite d’une lettre écrite par Coypel à Monsieur l’abbé de Rothelin, 3 pp. in-4 : « Je ne puis ni ne dois résister au désir de vous offrir ce petit ouvrage. Vous m’avez dit qu’il vous plaisait, je le crois bon. Je crains trop de me livrer aux jugements téméraires pour vous soupçonner d’avoir eu dessein de me tromper en m’applaudissant. Au reste, Monsieur, n’allez pas vous y méprendre, cette épître dédicatoire est moins une marque de ma reconnaissance, qu’une preuve de mon amour propre : c’est, pour vous parler franchement, un moyen honnête dont je me sers pour apprendre au public, si jamais on imprime mon théâtre, que vous avez poussé la bonté pour moi jusqu’à m’aider de vos avis pour épurer mon style et qu’enfin j’ai eu le bonheur d’être aimé du modèle dont je me suis servi pour peindre Ariste… »

Provenance :
- Charles-Antoine Coypel (1694-1752), sans postérité
- Philippe Coypel (1703-1777), son frère, unique héritier
- Marie Charlotte Coypel (1735-1803) sa nièce, épouse de Thomas Antoine Nicolas Le Semelier (1729-1805)
- Philippe Le Semelier (1770-1841), son petit neveu, époux d’Adélaïde Narcisse Juillac
- Marie-Alexandrine Le Semelier (1800-1858), fille de Philippe Le Semelier
- par alliance et par descendance, Val-de-Loire

Coypel, un nom prestigieux et influent dans le Grand Siècle

La carrière artistique prestigieuse de Charles-Antoine Coypel est indissociable de son ascendance. Il naît au sein d'une « famille de peintres d'histoire très prospère et influente », une véritable dynastie qui domine la scène artistique française depuis le règne de Louis XIV. Son grand-père, Noël Coypel (1628-1707), fut une figure majeure de la peinture de son temps, occupant les postes illustres de directeur de l'Académie de France à Rome, puis de l'Académie royale de peinture et de sculpture à Paris. Son père, Antoine Coypel (1661-1722), fut lui-même un artiste de grand renom, théoricien de l'art et Premier Peintre du Roi. Charles-Antoine est donc l'héritier d'un nom et d'un savoir-faire et, surtout, d'un capital institutionnel et social considérable. Cette position privilégiée explique la précocité et la rapidité de son ascension. Élève de son père, son talent est vite reconnu par ses pairs. Dès 1707, il remporte un prix à l'école de l'Académie royale, puis un premier prix en 1711, avant d'y être reçu comme peintre d'histoire le 31 août 1715. Sa pièce de réception, Jason et Médée, témoigne déjà de sa maîtrise des grandes compositions mythologiques et de son goût pour les sujets à forte charge dramatique. La succession se fait de manière presque naturelle : en 1722, il succède à son père en tant que peintre du duc d'Orléans et hérite de la charge de Garde des tableaux et dessins du roi, une fonction qui combine les rôles de directeur et de conservateur des collections royales.
Principalement peintre d'histoire, Coypel répondit aux commandes les plus prestigieuses de son temps. Il travailla abondamment pour le roi Louis XV et la reine Marie Leszczynska, réalisant des peintures pour le château de Versailles, notamment La Conversion de saint Augustin (1736) pour le petit appartement de la reine. Il fut également l'un des artistes favoris de la maîtresse royale, Madame de Pompadour. Ses œuvres, souvent inspirées de thèmes historiques, mythologiques ou religieux, se caractérisent par des compositions gracieuses, des couleurs vibrantes et une capacité à saisir des récits complexes et des émotions intenses. Parmi ses toiles les plus célèbres figurent La Colère d'Achille (1737), conservée au musée de l'Ermitage, et Athalie interrogeant Joas (1741), aujourd'hui au musée des Beaux-Arts de Brest. Son style se distingue par une touche fluide et un traitement lumineux qui confèrent à ses œuvres un « mouvement scintillant », renforçant leur caractère dramatique. Parallèlement à la peinture d'histoire, il fut un portraitiste recherché et un pastelliste accompli, comme en témoignent ses autoportraits et le portrait de son frère Philippe.
C'est peut-être dans l'art de la tapisserie que Coypel donna la pleine mesure de son génie narratif. Reconnu comme un « excellent dessinateur de tapisseries » pour la Manufacture des Gobelins, il créa plusieurs séries, dont la plus célèbre et la plus réussie demeure celle consacrée à l'histoire de Don Quichotte.

La carrière de Coypel fut couronnée par son accession aux plus hautes fonctions de l'administration des arts. Dès 1722, il hérita de la charge de Garde des tableaux et dessins du roi, devenant le conservateur en chef des collections de la Couronne. En 1747, il atteignit le sommet de la hiérarchie en étant nommé simultanément Premier Peintre du Roi et directeur de l'Académie royale de peinture et de sculpture. À ce poste, il joua un rôle déterminant dans la promotion de l'art français, la formation des jeunes artistes et la gestion du goût officiel. Il fut notamment l'un des principaux artisans de la création de l'École des élèves protégés, une institution destinée à parfaire la formation des lauréats du prix de Rome avant leur départ pour l'Italie.
Cette accumulation de pouvoirs lui conféra une influence considérable pour façonner le goût de son époque. Il utilisa cette autorité pour défendre les principes de la peinture d'histoire et la hiérarchie académique, à un moment où l'émergence de la critique d'art et l'importance croissante des Salons publics commençaient à contester les valeurs traditionnelles.

Parallèlement à sa carrière officielle, Charles-Antoine Coypel nourrissait une passion dévorante pour le théâtre. Loin d'être un simple divertissement, l'écriture dramatique fut pour lui une seconde nature, une activité intense mais menée dans une semi-clandestinité, dont l'influence sur son art pictural fut pourtant décisive.

Un corpus unique et quasi-complet

L’ensemble des manuscrits, présenté aux enchères publiques, est conservé dans la famille depuis l’origine.
L’inventaire après décès de Charles-Antoine Coypel, daté du 25 septembre 1752, conservé aux Archives nationales à Paris, recense le contenu de la bibliothèque de l’artiste. Parmi les centaines de volumes, l’expert estime à six livres la valeur de « plusieurs brochures in-quarto, in-octavo et in-douze : opéras en paroles, parodies, tragédies, comédies, pièces de théâtre détachées et explications de tableaux ». Atteint de la variole, Coypel décède sans postérité. Une partie de son atelier et de ses œuvres écrites (dont notre corpus) est léguée à son frère et unique héritier Philippe Coypel (1703-1777), tandis qu'une part de sa bibliothèque personnelle aurait été transmise à l’abbé Hugues-Adrien Joly (1718-1800), disciple de Coypel que ce dernier fit nommer garde au Cabinet des estampes de la bibliothèque du Roi.

Préservé précieusement dans la famille depuis plus de 250 ans, ce corpus de pièces dramatiques a la singularité d’être quasi complet. Il se compose de trente-deux titres et d’un dialogue, alors que Le Cabinet des fées publié en 1786 recensait au total trente-trois pièces comiques et tragiques en vue d’une publication (manque Le Précepteur).
En comparaison, les trois copies manuscrites conservées dans les collections publiques ne comptent, quant à elles, que vingt-et-un titres.
A savoir :
- Le manuscrit dit de Valenciennes, conservé dans le fonds des manuscrits de la bibliothèque de Valenciennes, en huit volumes in-4 reliés en maroquin rouge, ex-libris de la collection Jacques Collin de Plancy (1794-1881). Ces manuscrits contiennent des corrections
- Le manuscrit dit de La Vallière, conservé dans le fonds des manuscrits à la Bnf, en six volumes in-4 reliés en maroquin rouge provenant de la bibliothèque du duc de la Vallière vendue en 1783. Ces manuscrits ne contiennent ni corrections, ni notes, ni mots barrés
- Le manuscrit dit de Soleinne, conservé dans le fonds des manuscrits de la bibliothèque de l’Arsenal à Paris, collection théâtrale Auguste Rondel, en trois volumes in-folio provenant de la vente en 1844 de la bibliothèque dramatique de M. de Soleinne
- Ont été également recensés : deux manuscrits isolés à la Bnf (Les Tantes ; Le Tracassier) ; dix titres de pièces isolées, sous forme de cahier manuscrit du 18e siècle, vendus sur le marché de l’art entre 2018 et 2025.

Les trente-deux œuvres, composées par Charles-Antoine Coypel, sont majoritairement des comédies en prose et seulement deux tragédies en vers, dont plusieurs sont inédites à ce jour : Le Portrait ; Ariste ; L’Écueil de la Jeunesse ; L’École des Petits-Maîtres ; Le Satyrique ; L’Enfant Gâté ; et La Curiosi-Manie, une comédie fiction sur le monde confidentiel des collectionneurs de dessins, une pièce qui satirise les écueils de la détermination des attributions, de la négociation du marché de l'art et de la constitution d'une collection massive. L'intrigue se concentre sur trois « connaisseurs » nommés Dorsimond, Morsangrif et Sausoncourt, qui rivalisent pour acquérir les objets les plus convoités.

S’ajoute à ces pièces dramatiques un texte inédit et éclairant, une sorte de prologue titré Dialogue sur la nécessité de relire ses écrits avec un ami qui veuille bien partager avec nous la peine et l’ennui de les corriger, rédigé sous forme de dialogue entre deux personnages, Lisidor et Philinte. Il sert à Coypel de manifeste théorique pour justifier sa démarche de révision de ses textes avant publication et préciser le statut de ses œuvres dramatiques. Le texte rend un hommage appuyé à Ariste, double littéraire de l'abbé Charles d'Orléans de Rothelin, célèbre érudit et académicien. Coypel y décrit une collaboration intellectuelle intime où l'ami n'est pas un simple relecteur, mais un "illustre et sage critique" dont la mission est d'épurer le style sans en briser l'élan créateur. Lisidor (Coypel) définit ses pièces comme des « réflexions morales mises en action » plutôt que comme des comédies classiques. Il assume une distinction majeure : ses œuvres sont destinées à la lecture ou à la déclamation privée, et n'ont pas été conçues pour les « théâtres publics ».
Ce texte est une source essentielle pour comprendre la démarche de l’artiste dans la sociabilité littéraire du XVIIIe siècle. Il montre comment un grand peintre de la Cour, tel que Coypel, investit le champ des lettres avec humilité mais exigence. Il justifie également la publication (ou la circulation) tardive de ses manuscrits, en expliquant que son talent de déclamateur avait pu, jusqu'alors, masquer les « négligences » de sa plume. Coypel ne dit pas "je vais publier", mais utilise le mode conditionnel : « si jamais je ne pouvais me résoudre à courir le risque de l’impression ». Il considère la publication comme "un risque" pour sa réputation, car le passage du manuscrit privé au livre public expose l'auteur à une critique beaucoup plus sévère. Il en a eu un avant-goût amer par la célèbre critique cinglante adressée par Voltaire, agacé par le mélange de genre peintre et dramaturge et jaloux des privilèges accordés aux officiers royaux, publiée dans une épigramme en 1731 :
« On dit que notre ami Coypel
Imite l'un et l'autre art :
Il est poète au pinceau,
Et peintre par hasard. »
De plus à ses yeux, la publication exige un niveau de perfection supérieur à celui d'une lecture de salon. Il suggère qu'on ne peut publier qu'après un travail de "nettoyage" approfondi et rendre ainsi les textes « dignes d’être lus ». D’où la nécessité de faire appel à un ami de confiance pour l’aider à corriger ses écrits. La fin du texte suggère que, s'il se décide à publier, ce serait moins pour sa propre gloire que pour rendre hommage à son ami Ariste (de Rothelin). Il veut « rendre compte au public » de l'amitié et du soutien de ce mentor précieux, rendre hommage à leur collaboration intellectuelle.

Un théâtre d'élite et d'intimité

La pratique dramatique de Charles-Antoine Coypel s'inscrit pleinement dans la tradition des « pièces de société » du XVIIIe siècle.
Les représentations des œuvres de Coypel ont rarement eu lieu sur les scènes publiques (Collège Mazarin ou des Quatre-nations pour la distribution des prix en 1738, 1739 et 1740), mais le plus souvent dans l'intimité du théâtre privé de la famille royale ou dans les salons réputés de la noblesse. Le Cabinet des fées (1786) nous apprend que « La reine l’aimait beaucoup ; elle l’occupait et lui faisait faire souvent des petits tableaux de vierges ou de saints relatifs à sa dévotion. (…) M. le Dauphin aimait et estimait M. Coypel ; il s’enfermait souvent avec lui, soit pour lui parler de son art, sur lequel ce prince avait des connaissances approfondies, soit pour entendre la lecture de ses pièces. Il en avait toujours sur sa table un certain nombre, et il s’était proposé de les faire imprimer à ses frais. La mort de l’auteur fit évanouir ce projet ; mais à cet événement, le prince dit tout haut à son dîner : J’ai perdu trois amis dans la même année. (…) On sait généralement que M. Coypel composa un grand nombre de pièces de théâtre. On s’empressait pour en entendre la lecture. Deux de ses pièces ont été jouées à la cour, d’autres sur le théâtre seulement de madame Le Marchand, et quelques-unes au collège Mazarin, pour lequel elles avaient été composées. (…) Nous savons que l’on prépare une édition complète des ouvrages de M. Coypel (qui a beaucoup écrit) et que l’on y fera entrer toutes ses comédies » (Le cabinet des fées ou collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux, 37e volume, Amsterdam/Paris, 1786)

Le Triomphe de la Raison, comédie allégorique fut représentée devant la Reine à Versailles le 17 juillet 1730, jouée par les Comédiens Français à l'occasion d'une fête que Mademoiselle de Clermont donna à la reine Marie Leczinska dans le labyrinthe de Versailles.

Le Mercure d’octobre 1738 (p. 2127) publie : « Exercices au Collège des Quatre Nations. Le lundi 11 août dernier on représenta sur le Théâtre du Collège Mazarin, pour la distribution des Prix Sigismond ou La Vie est un songe, tragédie. On représenta dans la première cour du Collège dans laquelle on y dresse tous les ans un très grand théâtre (…) en la présence du cardinal de Polignac et plusieurs membres de l’Académie française (…) On fut également frappé et de la beauté de la pièce et de la manière dont les acteurs la rendirent (…) Cette tragédie fut suivie d’un prologue qui seul valait une pièce. C’était une espèce de critique de la tragédie qu’on venait de représenter ; et l’on y annonçait la comédie des Captifs que l’on allait jouer (…) Ces deux pièces eurent tellement de succès que S.A.S. Madame la duchesse du Maine souhaita les voir représenter par les mêmes acteurs. Elles furent jouées à Sceaux le dimanche 24 août dernier. Son Altesse Sérénissime parut extrêmement satisfaite du jeu des acteurs et du mérite des pièces. Il est à souhaiter que l’approbation d’une princesse aussi éclairée, puisse engager l’auteur à en faire de nouvelles et à cultiver le talent singulier de ces jeunes gens… »

Mais ces représentations en public étaient rares. Le duc de La Vallière, grand bibliophile et collectionneur de ses manuscrits, rapporte que Coypel « était fort jaloux de ne pas les rendre publiques » et que l'obtention d'une copie de ses œuvres était une « preuve de la plus grande confiance ». Cette discrétion s'explique par la destination de ses pièces : elles étaient écrites pour être déclamées dans un cercle intime, notamment à la Cour et, surtout, pour des théâtres de société. Ces spectacles privés, organisés dans les salons de l'aristocratie, constituaient un divertissement mondain très prisé.
Cette pratique du théâtre de société n'était pas seulement un exutoire artistique ; elle représentait une stratégie sociale d'une grande finesse. En écrivant et en jouant au sein de ces cercles exclusifs, Coypel transcendait son statut d'artiste-artisan pour se positionner en pair de la haute noblesse. Il n'était plus seulement le peintre au service des grands, mais un animateur culturel indispensable à leurs rituels mondains. Ce capital social, acquis dans l'intimité des salons, a sans aucun doute contribué à consolider sa position à la Cour et à lui assurer le soutien nécessaire à sa brillante carrière dans l’administration royale.

On peut lire dans Le Cabinet des Fées : « Il eut, comme tous les hommes célèbres, des rivaux ; mais ses rivaux furent toujours ses amis. Il les estimait ; sa modestie les attirait ; il les rassemblait chez lui », aussi sa maison était-elle fréquentée par beaucoup de personnes de marques qui touchaient à la littérature et à l’art. Dans ce groupe d’amateurs qu’il réunissait autour de lui, on pouvait y croiser le poète et dramaturge Charles Dufresny dont il a fait un excellent portrait ; de Mirabaud familier de la duchesse d’Orléans et secrétaire perpétuel de l’Académie française ; le comte de Caylus et Mariette, deux amateurs qui tenaient fort bien la plume ; Nicolas Fréret secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres ; Etienne Lauréault de Foncemagne, oratorien et professeur ; Claude Adrien Helvétius le philosophe des Lumières ; le célèbre romancier et dramaturge Marivaux ; les grands peintres portraitistes Hyacinthe Rigaud et Nicolas de Largillierre ; l’abbé Charles d’Orléans de Rothelin, académicien ; mais aussi des femmes influentes comme la comédienne Adrienne Lecouvreur qu’il peignit en Cornélie éplorée, la célèbre actrice Jeanne-Françoise Quinault, les salonnières mesdames de Deffand, du Doublet ou Le Marchand. Mariette dit « avec quel plaisir ne se rassemblait-on pas chez Coypel, soit qu’après avoir déployé des propres richesses, il ouvrit les portefeuilles de dessins dont le roi lui avait confié la garde (…) soit qu’une autre société le retint, et qu’il fit en sa présence la lecture touchante de ces aimables pièces de théâtre (…) ce n’était pas sans violence qu’on s’arrachait d’un lieu si charmant : on n’en sortait qu’avec regret et soutenu de l’espérance de voir renouveler bientôt le même plaisir »

Le peintre dramaturge et le dramaturge peintre

La passion de Coypel pour le théâtre est aussi la clé de son esthétique picturale. Il était convaincu que « peindre le théâtre, c'était peindre la vie » et a consciemment transposé les principes de l'art dramatique sur la toile. Ses tableaux deviennent des scènes où les figures, par leurs « gestes exagérés et leurs émotions exacerbées », se muent en acteurs. Ses grandes compositions historiques sont décrites comme de « dignes successeurs de la Phèdre de Racine ou du Cid de Corneille ». Cette approche est manifeste dans des œuvres comme Renaud abandonnant Armide, directement inspirée de l'opéra de Quinault, Cléopâtre avalant le poison (1749, musée du Louvre), réalisée dans le cadre de la Tenture de Dresde pour la manufacture des Gobelins destinée à la reine de Pologne, inspirée par la Rodogune de Corneille, Athalie interrogeant Joas (1741, musée des Beaux-arts de Brest), d’après la célèbre tragédie de Racine, ou bien encore dans ses portraits d'acteurs célèbres, comme celui d'Adrienne Lecouvreur en Cornélie.
« Coypel ne peint pas ce qu’il a vu au théâtre, mais le représente dans une perfection inatteignable, cet « au-delà de la pure nature ». (…) Cette nature idéale représentée en peinture, le peintre l’exprime par l’imitation du mouvement, paradoxalement figé ; il invente et dispose une mosaïque d’attitudes illustrant les passions sous la forme d’une restitution parfaite. » (Présence du spectacle dans l’imaginaire pictural de Charles-Antoine-Coypel, Anthony Saudrais, 2017)
L'écriture de ses pièces lui a offert un laboratoire privé pour expérimenter les structures narratives, les archétypes de personnages et l'expression des passions qu'il déploiera ensuite dans ses peintures. Cet exercice dramaturgique constant a aiguisé sa compréhension de la psychologie des personnages et de la mise en scène, lui permettant d'aborder ses commandes picturales non pas en simple illustrateur, mais avec l'œil et l'esprit d'un metteur en scène.

Bibliographie :
- Le cabinet des fées ou collection choisie des contes des fées, et autres contes merveilleux, 37e volume. Amsterdam/Paris, 1786
- I. Jamieson, Charles-Antoine Coypel premier peintre de Louis XV et auteur dramatique (1694-1752). Paris, Hachette, 1930
- Thierry Lefrançois, Charles Coypel 1694-1752. Paris, Arthena, 1994
- Bouissou, Denéchau et Marchal-Ninosque, Dictionnaire de l’Opéra de Paris sous l’Ancien Régime (1669-1791), tome I
- Site Gallica-Bnf dont Mercure de France
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