Portrait-charge présumé de Portalis

Dimanche 05 avril 2026

attribué à Honoré Daumier

Attribué à Honoré Daumier (Français, 1808-1879)

Portrait-charge présumé de Portalis

Petit buste en terre crue polychromée. Deux étiquettes à l'arrière, l'une avec l'inscription "h. Daumier".

Haut. 13,5 cm
Petits accidents et petits manques

Haut. 12,5 cm.

Provenance : collection normande.

Attributed to Daumier. Presumed caricature of Count Portalis. Polychrome clay.

Littérature en rapport : Édouard Papet, Daumier : les célébrités du Juste milieu, 1832-1835 : étude et restauration, cat. exp., Paris, musée d'Orsay, 25 mai-28 août 2005, Paris, Réunion des musées nationaux, 2005.

Entre 1832 et 1835, à la demande de l'éditeur Charles Philipon, fondateur de La Caricature et du Charivari, Honoré Daumier modèle une série de petits bustes en terre crue peints à l'huile caricaturant les figures politiques des premières années de la monarchie de Juillet : parlementaires, ministres, magistrats, tous plus ou moins proches d'un régime que la presse satirique désignait sous l'expression méprisante de "Juste Milieu". Ces effigies servent à l'artiste de modèles pour composer ses lithographies. Leur nombre original demeure inconnu. Trente-six seulement sont parvenus jusqu'à nous, conservées depuis 1980 au musée d'Orsay à Paris, après avoir été achetés en 1927 au petit-fils de Charles Philipon par l'éditeur d'art Maurice Le Garrec, qui les fit restaurer et mouler en raison de leur extrême fragilité avant de les éditer en bronze et en plâtre.

Le présent buste s'inscrirait donc dans cette production. L'identification présumée du modèle repose sur une confrontation méthodique avec le catalogue raisonné de l'œuvre lithographié établi par Hazard et Delteil (1904) : parmi les soixante-trois caricatures consacrées aux gens de justice, un seul sujet présente la réunion des traits caractéristiques de cette effigie : chevelure noire couvrant la totalité du crâne, nez en tubercule, joues rebondies, menton tombant sous la robe de magistrat. Il s'agirait de Joseph-Marie Portalis (1778-1858), fils du père du Code civil, ancien ministre des Cultes, puis premier président de la Cour de cassation de 1829 à 1852, représenté en pied par Daumier dans La Caricature du 3 juillet 1835.

La date de cette lithographie éclaire la charge politique de ce portrait. En juillet 1835, Portalis siège parmi les assesseurs de la chambre des pairs instruisant les procès d'avril, ces poursuites engagées contre les républicains à la suite de l'insurrection de 1834, au cours de laquelle le massacre de la rue Transnonain avait coûté la vie à des civils innocents. Cette répression judiciaire, que Daumier avait stigmatisée dans sa célèbre lithographie "Rue Transnonain, le 15 avril 1834", valut aux magistrats qui s'en firent les instruments d'être à leur tour la cible de sa verve. En brocardant Portalis, Daumier n'aurait pas seulement caricaturé un visage : il aurait instruit en argile un réquisitoire contre les serviteurs d'une justice aux ordres.

Faute de liste exhaustive réalisée du vivant de Daumier de ses portrait-charges, ces réserves d'attribution et d'identification formulées, le buste n'en constitue pas moins un témoignage plastique de premier ordre : celui d'une pratique créatrice, la sculpture comme laboratoire de la caricature, qui fit de ces fragiles terres crues l'un des ensembles les plus singuliers de l'art du XIXe siècle.
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