La Vérité sortant du puits, c. 1900-1905
Vendredi 10 avril 2026
par Camille Claudel


Camille Claudel (Française, 1864-1943)
La vérité sortant du puits, c. 1900-1905
Bronze.Fonte posthume à la cire perdue. Signé « C. Claudel ». Cachet du fondeur Chapon, numéroté 7/8.
Haut. 43 Larg. 31 Prof. 20 cm.
Provenance :
- le plâtre offert en cadeau de mariage par Eugène Blot à son cousin Léon Cahen, 1907 ;
- par descendance, famille de Boissieu, Paris ;
- le bronze, collection particulière, Hong Kong.
Camille Claudel. An 1900 bronze sculpture entitled La vérité sortant du puits (The Truth Emerges from the Well). Signed and numbered.
Certificat d’authenticité de Reine-Marie Paris.
Bibliographie :
- Reine-Marie Paris, Philippe Cressent, Camille Claudel, catalogue raisonné, cinquième édition revue et augmentée, Paris, Economica Culture, 2019, n°68, pp 484-488.
- Anne Rivière et Bruno Gaudichon, Camille Claudel, l'expression farouche de l'intime, Paris, éditions Hazan, 2025, p. 143.
DREYFUS EST INNOCENT !
Cette Vérité sortant du puits est un véritable manifeste dreyfusard de Camille Claudel, là où Auguste Rodin avait confortablement préféré le silence, "s’accommodant de l’antisémitisme ambiant pour préserver ses intérêts auprès d’éventuels commanditaires", comme le relève le musée Rodin. Camille Claudel réinterprète brillamment la toile d’Édouard Debat-Ponsan (Amboise, musée de l’Hôtel de Ville) présentée au Salon de 1898. Elle avait été offerte à Émile Zola par souscription publique lors de l’Exposition universelle de 1900, afin de célébrer l’engagement de l’auteur de "J’accuse", qui mena le combat pour la libération et la réhabilitation du capitaine juif Alfred Dreyfus. La Vérité, triomphante, émerge nue du puits où elle était enfermée, tandis que deux hommes, allégories de l’Armée et de l’Église, cherchent à l’y replonger pour la cacher. Cette image trouve son origine dans la philosophie présocratique ainsi que dans une fable de Jean-Pierre Claris de Florian, qui permit à de nombreux artistes de personnifier leurs combats.Il faut réfuter la théorie suivant laquelle cette Vérité serait un simple "marcottage", c’est-à-dire la réutilisation d’une œuvre préexistante pour en créer une nouvelle. Cette pratique poussée avec génie à son paroxysme par Rodin se justifierait ici pour certains par les grandes similitudes de La Vérité (1900-1905) avec La Valse (1889-1893) et avec La Fortune (1900), dont les figures féminines sont semblables. Camille Claudel réalisait fréquemment différentes variantes d’une même œuvre, avec des différences de détails entre celles-ci. Le meilleur exemple pourrait être La Valse, qui compte, à elle seule, douze versions. Toutefois, l’absence de traces d’assemblage permet d’attester la thèse d’une variation autour d’un motif commun et non d’une simple reprise, tout comme la construction de la margelle du puits est inédite dans l’œuvre de l’artiste. Le voile de cette Vérité est un véritable exercice de style, bien plus ample et marqué que celui de La Fortune. Son visage, proche de celui La Valse, est sublimé par ses bras brisés, comme ceux la Vénus de Milo, qui donne à cette sculpture la puissance d’une allégorie antique.
Cette œuvre peu documentée met un terme aux interprétations de ses déclarations tardives, marquées par des crises de paranoïa délirante qui participeront à son internement en 1913. Le plâtre a été découvert par Reine-Marie Paris chez les descendants de Léon Cahen, qui l’avait reçu de son cousin Eugène Blot en cadeau pour son mariage en 1907. Réalisée avant la disculpation officielle de Dreyfus, il constitue un témoignage de soutien de la sculptrice à Eugène Blot, son fondeur, marchand et mécène le plus fidèle. Un seul autre bronze, également posthume dans les collections du musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine, est à ce jour public.
