Console desserte à trois niveaux, c.1785

Lundi 13 avril 2026

par Jean-Henri Riesener

Jean-Henri Riesener, Console, Versailles, Château de Versailles

Jean-Henri Riesener (Franco-Allemand, 1734-1806)

Console desserte à trois niveaux, c.1785

Acajou, bronze doré et placage d'acajou sur bâti de chêne.

Le plateau supérieur en marbre bleu turquin à ressaut est mouluré.
La ceinture ouvre par trois tiroirs, dont deux en aile de papillon sur les côtés. Elle repose sur quatre montants en pilastres cannelés à décor de pointes d'asperges.
Ils sont réunis par deux tablettes d'entretoise. La première, plaquée d'acajou, est ceinte d'une lingotière. La seconde, recouverte d'un marbre bleu turquin, est ceinte d'une galerie ajourée.
Quatre pieds en gaines terminés par des sabots la supportent.
Ornementations en bronze doré pour les poignées de tirage, dés de raccordement, lingotières, encadrements de tiroirs, galeries, pointes d'asperges et pour les sabots.

Estampillée trois fois "J. H. Riesener" sur les montants.
Époque Louis XVI.

Haut. 97 Long. 134 Prof. 53 cm.
Petits accidents et restaurations.

Provenance : collection de René Guigues de Moreton Marquis de Chabrillan (1886-1938), château de Neuville-sur-Oise ; par descendance familiale, Touraine.

Mahogany, marble and gilt bronze 3-tier dessert console table by Riesener, similar to one supplied for the Queen at the Petit Trianon in 1785.

Oeuvre en rapport : une console proche livrée en 1785 pour la salle à manger de Marie-Antoinette au Hameau du Petit-Trianon est conservée au château de Versailles (n°V4783).

Avec Boulle, Riesener est le seul ébéniste de l'Ancien Régime dont le nom n'a jamais cessé d'être prononcé. Né en Westphalie en 1734, il émigre à Paris, s'installe au faubourg Saint-Antoine et intègre l'atelier de Jean-François Oeben, dont il prend la direction à sa mort avant d'accéder à la maîtrise en 1768. En 1769, l'achèvement du bureau du roi lui ouvre les portes de la Couronne. Nommé ébéniste du roi entre 1774 et 1784, son atelier pouvait livrer plus de 70 meubles par an, tant pour la Couronne que pour des cours étrangères ou des collectionneurs privés : la commode de Louis XVI en 1775 (musée Condé, Chantilly, OA246), l'armoire à bijoux de la comtesse de Provence en 1780 (The Royal Collection, Windsor Castle), des dizaines de pièces dont la qualité d'exécution et la somptuosité des bronzes restent sans équivalent. En 1784, le nouvel intendant Thierry de Villes d'Avray juge ses prix prohibitifs et met fin à sa mission officielle.

Toutefois, il continue de travailler pour la famille royale, notamment en tant qu’ébéniste favori de la Reine Marie-Antoinette, qui le paye sur sa cassette personnelle. C'est dans ce contexte que s'inscrit notre console. Sa sœur la plus proche est livrée vers 1785 pour la salle à manger du Hameau du Petit-Trianon. Elle est aujourd'hui conservée au château de Versailles (Versailles, V4783). Même époque, même commande privée, même registre : celui des meubles dits « de service » que Riesener produit à partir des années 1780 en réponse à une demande vers plus de sobriété. Le décor de marqueterie cède la place à de grands panneaux en acajou de Saint-Domingue, soulignés de baguettes de bronze doré, dans un goût dit « à l'étrusque » que l'on retrouve notamment sur le secrétaire conservé au Getty Museum (Miami, 71.DA.104). Les bronzes dorés se concentrent aux points essentiels, mais leur qualité d'exécution reste celle des grands ouvrages de commande royale, laissant apparaitre la "qualité Riesener".

Car Riesener est moins un artisan qu'un chef d'orchestre. Son portrait par Antoine Vestier est éloquent (Versailles, MV8136) : plutôt que de se faire représenter muni d'outils, il tient une plume devant des documents. Il conçoit, dessine, coordonne, confiant l'exécution aux meilleurs spécialistes de sa génération : RVLC, Delosse ou Weisweiler pour les boiseries, les frères Damerat et François Rémond pour les bronzes. Il conserve la maîtrise de ses modèles, qu'il réutilise avec une cohérence rigoureuse d'une composition à l'autre. La galerie ajourée et les poignées de tirage de cette console se retrouvent sur la console-desserte de Versailles et sur un secrétaire à cylindre de la Wallace Collection (Londres, F 277) ; les appliques font écho au secrétaire en armoire de la Frick Collection vers 1780 (New York, 1915.5.75), dont les premières formes apparaissent sur la commode de Fontanieu au musée Condé (Chantilly, OA245).

Notre console se distingue pourtant de celle de Versailles par son étage intermédiaire et par l'importance accordée aux bronzes dorés qui en constituent le principal ornement. Cette organisation à trois niveaux, que nous n'avons retrouvé sur aucune autre console comparable, y compris dans les livraisons royales, en fait une pièce singulière. Elle fut conservée dans la collection du marquis de Chabrillan au château de Neuville-sur-Oise, avant de passer par descendance en Touraine. Estampillées trois fois sur les montants : la Reine l'aurait reconu et aimé même sans !
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