Pompier et Caron
Mardi 14 avril 2026
par Auguste Nicolas Caïn

Auguste Nicolas Caïn (Français, 1821-1894)
Pompier et Caron, Chiens bâtards français arrêtés sur le change, 1887
Bronze. Signé, inscrit "épreuve unique", titrés, les chiens avec la marque d'équipage "B". Fondeur A Rolland.Haut. 205 Larg. 186 Prof. 121 cm.
Provenance : vente Sotheby’s, Londres, 1995.
Exposition : Salon de la Société des artistes français, Paris, 1887, le marbre exposé sous le n°3720.
Cain. Pompier and Caron, French Crossbred Hounds Held at the Relay Point. Unique bronze cast. 1887.
LES CHIENS DE CHASSE DE CAÏN
Imposant par sa composition et la finesse de son modelé, ce groupe de deux chiens de chasse en bronze illustre le talent d’Auguste-Nicolas Caïn, l’un des grands sculpteurs animaliers du XIXe siècle. Formé chez Pierre-Jules Mêne (1810-1879), dont il partage la fonderie, épouse la fille puis reprend l’atelier à sa mort, Caïn s’oriente très tôt vers la sculpture animalière et devient une figure majeure de la sculpture monumentale. En 1880, il répond à la commande prestigieuse d’Henri d’Orléans, duc d’Aumale pour le domaine de Chantilly, dont il réalise plusieurs sculptures en bronze : cerfs, loup et sanglier. Deux groupes monumentaux de couples de Chiens de Saint-Hubert sont installés sur la terrasse du château : Fanfaraut et Brillador et Lumineau et Séduisant.Pour cet illustre commanditaire, fidèle à sa méthode fondée sur l’observation du vivant, Caïn accepte de ne pas reproduire à l’identique ses chiens. Toutefois, une variante est finalement crée et exposée dans le marbre au Salon de 1887 (Chiens bâtards français arrêtés sur le change, Matador et Caron), achetés par le palais de l’Élysée et aujourd’hui déposée dans le parc Jean Moulin derrière la mairie du Chambon-Feugerolles dans la Loire. Une seconde variante sera fondue en 1893 par Barbedienne pour le banquier Jacques Stern (non titrés, vente Sotheby’s, Londres, 22 novembre 2024, n°49). Notre groupe de chiens nommés Pompier et Caron correspond lui aux Chiens de Saint Hubert du duc d'Aumale titrés Lumineau et Séduisant et à ceux de la première version du Salon de 1887, Matador et Caron.
Contrairement à ceux d’Aumale, les autres chiens sont attachés en arrêt à un relais, ici un tronc d’arbre au sommet duquel est un cor de chasse. Si le cor de chasse a disparu avec le temps du groupe en marbre de 1887, c'est bien le même groupe que le nôtre, avec les flancs des chiens marqués de la lettre B. Ceux du duc d’Aumale portent un triangle inversé sur le flanc droit et ceux de l’équipage de Jacques Stern sont marqués d’un S. Bien que ces chiens soient marqués d’un B et non du U, ce bronze aurait appartenu selon une tradition non établie à Anne de Rochechouart de Mortemart, duchesse d’Uzès (1847-1933), qui reprit au décès de son mari le fouet du Rallye-Bonnelles, découplant en forêt de Rambouillet.
Les quatre chiens du duc d’Aumale sont fondus, comme ceux-ci, par Rolland, tandis que ceux de Jacques Stern le sont par ses successeurs Jaboeuf et Bezout et par Barbedienne. Fondeur à Paris, successeur de Boyer, A. Rolland meurt précisément en 1887. Sa veuve vend alors la société à Jaboeuf et Bezout, qui annoncent en 1890 dans le bottin commercial « des ateliers spéciaux pour la fonte de statues, monuments et autres pièces de grandes dimensions » (E. Lebon, 2003, p. 217).
Pompier et Caron traduisent la précision anatomique et le sens de l’observation du vivant de leur auteur. La tension des attitudes et la dynamique entre les figures donnent à l’ensemble une forte expressivité, mêlant mouvement et discipline de la chasse à courre. L’un, assis, est calme, l’autre, debout, est en alerte. Le socle, traité avec réalisme, évoque un sol forestier jonché de branchages et de feuilles. S’il le pouvait, il sentirait bon la mousse et les sous-bois. Par sa qualité d’exécution, sa composition équilibrée et sa richesse historique, ce bronze constitue un témoignage exceptionnel du savoir-faire d’Auguste-Nicolas Caïn et de l’importance de la sculpture animalière dans la France du XIXe siècle.
