Exceptionnelle armoire de mariage, c. 1690-1695

Mercredi 08 avril 2026

par Thomas Hache

Thomas Hache (Français, 1664–1747)

Exceptionnelle armoire de mariage à scagliola bleue et ivoire, c. 1690-1695

Richement marquetée, en façade et sur les côtés, de rinceaux feuillagés et fleuris, de branches d'aubépine, rubans, couronnes comtales et monogrammes en ivoire, ornements en scagliola bleue, cartouches, fleurs et feuillages au naturel et teintés, guirlandes de fleurs, oiseaux, vases Médicis, draperies, frises de feuilles d'acanthe et fleurettes, sur fonds de noyer teinté et contre-fonds de ronce de noyer et de beau noyer veiné. Reposant sur cinq pieds boule en bois noirci.

Chambéry, vers 1690-1695.

Haut. 212 Larg. 153 Prof. 65 cm.
Très bon état général, fonds, caisson intérieur, charnières, entrées et serrures rapportés.

Provenance : collection particulière, Lyon.

Exceptional ivory and blue scagliola wedding armoire by Thomas Hache, circa 1690-1695.

Bibliographie :
- Pierre et Françoise Rouge, « Le génie des Hache », Dijon, Éditions Faton 2005, voir la typologie des armoires, pp. 72-97.
- Ce modèle sera reproduit et décrit dans le second volume à paraître.

CITES - Objet composé d'ivoire d'elephantidae spp.
Conformément aux dispositions de la réglementation en vigueur sur le territoire de l'Union (Règlement (UE) n° 2021/2280 du 16/12/21), l'objet sera délivré à l'acquéreur avec son Certificat Intracommunautaire n° FR2606900209-K en date du 02/04/2026.
En cas de sortie du territoire européen, un certificat de réexportation, à la charge de l'acquéreur, sera nécessaire. Ce dernier doit également se renseigner au préalable sur la législation en vigueur dans le pays de destination.

UN DÉCOR INÉDIT AU NATURALISME RAFFINÉ

Cette armoire se distingue des autres modèles connus par la présence d’ivoire sur les perles de la couronne comtale et sur les monogrammes, Thomas Hache privilégiant habituellement l’emploi de l’os dans ses décors de fleurs dites « au jasmin ». Si la couronne est celle d’un comte, les monogrammes sont « de fantaisie », comme c’est le cas le plus souvent. La présence d’ivoire indique que le commanditaire a souhaité un matériau plus noble que l’os. À ce jour, seules trois armoires sont ornées d’armoiries identifiables.

Les couronnes et les monogrammes sont entourés de deux branches d’aubépines reconnaissables à leurs feuilles vertes bien découpées et à leurs baies rouges, tandis que dans les médaillons médians apparaissent deux perroquets au plumage finement gravé, en guise de Renommées habituellement rencontrées. Le décor floral témoigne d’un naturalisme de grande qualité avec la présence inédite d’une branche de lys et d’une fleur de tournesol, rarement rencontrées, au milieu des tulipes, pivoines, œillets, jonquilles et autres ipomées en scagliola bleue.

En façade, chaque porte est entourée d’une remarquable frise de feuilles d’acanthe et de fleurettes, et d’une frise sur la corniche qui diffère des autres modèles connus par le motif central composé d’un bouquet audacieusement asymétrique, tandis que les cartouches de part et d’autre sont inédits par la composition de rinceaux feuillagés au naturel et teintés ; sur les côtés, ils sont repris en contrepartie, selon la technique inventée par Pierre Gole (v. 1620-1685), ébéniste du roi, puis développée par André-Charles Boulle (1642-1732).

Les côtés proprement dits diffèrent aussi des modèles connus par la forme originale des trois médaillons, dont celui du haut au décor de draperies et de rubans qui fait écho à ceux des réserves inférieures de façade et qui coiffe élégamment œillets, jonquilles, fleurs d’acanthe et rinceaux feuillagés savamment agencés.

Après un séjour dans l’atelier de Pierre Gole à Paris, Thomas Hache travaille dès 1685 à Chambéry, capitale administrative du Duché de Savoie, où il utilise le principe décoratif de la scagliola, inventé en Italie au milieu du XVIIe siècle pour imiter la très coûteuse marqueterie de pierres dures.

À partir de 1695, il développe à Grenoble un atelier prospère et original par l'emploi quasi exclusif des bois des Alpes et leurs belles loupes teintées aux effets graphiques remarquables et par l'invention de formes et de techniques de montage inédits dans l'ébénisterie parisienne. Ce savoir-faire exceptionnel est récompensé en 1721 par le Brevet d'Ébéniste du Duc d'Orléans, gouverneur de la province du Dauphiné et prince du sang.

Françoise Rouge
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