Garden Party à Villandry : des fleurs du XVIIe siècle à Claudel et Ensor
Mercredi 27 mai 2026
La Gazette Drouot, Caroline Legrand
Aux côtés de Thomas Hache, Isaac Soreau et Camille Claudel, James Ensor marquera la nouvelle édition des ventes Garden Party au château de Villandry. Un rendez-vous à ne pas manquer.
James Ensor (1860-1949), Vierge et mondaine (avec Alexandre Daveluy), vers 1933, toile, signée, au dos, sur le châssis étiquette de Guillaume Campo à Anvers, numéro olographe « 5272 » entouré, les dimensions écrites plusieurs fois, inscription : « Ensor 27 rue de Flandres Ostende », 60 x 74 cm.Estimation : 200 000/300 000 €
James Ensor a peint ce tableau vers 1933. L’artiste est enfin devenu une figure reconnue de la peinture moderne belge, alors qu’il a longtemps été incompris voire méprisé pour son goût du grotesque et du carnavalesque, son caractère provocateur. En 1929, il a été anobli par Albert Ier. Il vit retiré à Ostende, sa ville natale, dans une maison qu’il a héritée de son oncle, dans un univers saturé de souvenirs et d’objets personnels. Ce sont toutes ces références que l’on retrouve dans cette composition, qui est finalement une synthèse tardive de son imaginaire, un retour méditatif sur les thèmes récurrents de son œuvre. Les figures religieuses occupent une place majeure dans ce répertoire, à l’image de la Vierge trônant au centre de ce tableau, tout comme les coquillages, les fleurs et les bibelots : un théâtre intérieur qui renvoie à la boutique de souvenirs et de curiosités que tenait sa famille à Ostende quand il était enfant. James Ensor poursuit là ses réflexions sur l’illusion, la vanité et le théâtre social. Ainsi la Vierge fait-elle face à la « mondaine », incarnation du profane, figure du paraître et du désir.
Provenant de la collection du marquis René de Chabrillan (1886-1938), dans son château de Neuville-sur-Oise, puis resté là grâce aux descendants, ce tableau, estimé 200 000/300 000 €, est l’œuvre d’Isaac Soreau (1604-1644). Peint à l’huile sur cuivre, il décrit un Bouquet de fleurs dans un vase en verre (52,5 x 40 cm). Le peintre allemand, plutôt versé dans les natures mortes aux corbeilles de fruits, peint rarement des bouquets. Et celui-ci se place parmi les plus grands et les plus complexes. D’un beau naturalisme, les fleurs y incarnent la fugacité de la vie mais aussi l’humilité de Marie, symbolisée par le muguet, le salut de l’âme avec le myosotis et le mystère et la renaissance avec les fritillaires pintades… Quant aux tulipes, elles faisaient alors l’objet d’une spéculation aux Pays-Bas, créant une bulle financière qui explosa en 1637.
Cette épreuve en bronze de La Vérité sortant du puits de Camille Claudel (1864-1943) est une fonte posthume réalisée à la cire perdue en huit exemplaires (43 x 31 x 20 cm) par la fonderie Chapon. Le modèle d’origine remonte à 1900-1905, et le plâtre avait été offert en cadeau de mariage par Eugène Blot à son cousin Léon Cahen en 1907. Avec cette œuvre, Camille Claudel réalise un manifeste dreyfusard, là où Auguste Rodin avait préféré garder le silence. Elle réinterprète ici la toile d’Édouard Debat-Ponsan (Amboise, musée de l’hôtel de ville) présentée au Salon de 1898. La Vérité, triomphante, émerge nue du puits où elle était enfermée, tandis que deux hommes, allégories de l’Armée et de l’Église, cherchent à l’y replonger. Compter 30 000/40 000 €.À ces thématiques s’ajoute une dimension autobiographique puisque Alexandra Daveluy, la nièce du peintre et proche confidente, apparaît – alors qu’elle est absente dans une autre version de ce tableau, conservée au musée de Bilbao. Elle devient une figure médiatrice entre les tentations terrestres et l’idéal spirituel, suggéré encore par l’arc-en-ciel peint en partie haute de la toile. Une œuvre qui apparaît comme apaisée, tel l’aboutissement du parcours artistique d’Ensor. Celui-ci revient à sa mythologie personnelle dans des peintures à la matière beaucoup plus fluide et lumineuse. Une clarté presque irréelle envahit la scène, créant une atmosphère de songe et de souvenir. James Ensor a conservé cette œuvre dans son atelier jusqu’à la fin de sa vie. Elle n’a été révélée au public qu’en 1960 lors de la vente du 8 mars à Amsterdam (Mak van Waay), avant d’être acquise à Anvers le 3 avril 1963 par le collectionneur liégeois Léon Blavier, grâce à la descendance duquel elle est arrivée en Touraine.
La diversité du programme nous permettra de découvrir ces sept volumes in-4° à reliure d’époque regroupant trente-neuf manuscrits, mis au propre à plusieurs mains, du corpus quasi complet de l’œuvre théâtral de Charles-Antoine Coypel (1694-1752), à envisager à 15 000/20 000 €. Appartenant à une grande dynastie de peintres, il devient lui-même en 1747 premier peintre du Roi et directeur de l’Académie royale. Mais il nourrissait une autre passion : celle de l’écriture dramatique. Il composait des pièces destinées aux salons de la haute société et aux appartements de la famille royale, qu’il définissait lui-même comme des « réflexions morales mises en action ». Conservé depuis l’origine dans la famille de son frère et unique héritier Philippe Coypel, cet ouvrage comprend trente comédies en prose et deux tragédies en vers, sept étant inédites.
Il faudra envisager 80 000/120 000 € pour cette armoire de mariage à scagliola bleue et ivoire réalisée vers 1690-1695 à Chambéry par Thomas Hache (1664-1747). Provenant d’une collection lyonnaise, elle est richement marquetée, en façade et sur les côtés, de motifs naturalistes avec notamment la présence inédite d’une branche de lys et d’une fleur de tournesol. Cette armoire se distingue des autres modèles connus par la présence d’ivoire sur les perles de la couronne comtale et sur les monogrammes, Thomas Hache privilégiant habituellement l’emploi de l’os dans ses décors de fleurs dites « au jasmin ». Si la couronne est celle d’un comte, les monogrammes sont « de fantaisie », comme c’est le plus souvent le cas. La présence d’ivoire indique que le commanditaire a souhaité un matériau plus noble que l’os. À ce jour, seules trois armoires sont ornées d’armoiries identifiables.