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Black Friday à la cour de Louis XIII

Dimanche 23 novembre 2025

Cette semaine, Alain, de Civray-en-Touraine, soumet à notre expertise un cabinet : l’occasion pour Philippe Rouillac, notre commissaire-priseur, de nous en dire plus sur l’histoire et la valeur de ce meuble.



Ce vendredi, de nombreux commerçants français lançaient leur opération « Black Friday ». Cette période de promotion venue d’outre-Atlantique constitue une phase de fortes réductions permettant aux consommateurs de renouveler leur intérieur selon les tendances du moment. Le style du mobilier est un véritable marqueur de l’évolution des modes. Il reflète les modes de vie de son époque : certains meubles passent ainsi d’objets de prestige, présents dans les plus grandes collections, à un caractère presque obsolète à la période suivante, à l’image du cabinet meuble européen par excellence.

Le cabinet présenté cette semaine est en chêne. La partie supérieure ouvre en façade par deux vantaux. Son décor, assez simple, est composé de croix dites « pattées », c’est-à-dire évasées aux extrémités, et d’un treillis entre les deux portes. Ce type de croix est particulièrement répandu, notamment chez les ordres religieux militaires comme les Templiers ou les Chevaliers Teutoniques. Elle est encore employée au sein de la Bundeswehr sur ses blindés ou ses avions et constitue un équivalent à notre cocarde tricolore. On peut également y lire la date 1628, fin du Siège de La Rochelle, commandé par Richelieu suite à la proclamation de l’indépendance de la ville par la population protestante. Il repose sur un piètement dont les montants sont tournés en chapelet et reliés par une tablette d’entretoise.

Le cabinet est véritablement le marqueur de son temps, en particulier pour deux phénomènes. Tout d’abord, la « sédentarisation » des cours. En effet, auparavant, le roi et sa suite se déplaçaient en Val-de-Loire, de château en château ; les meubles devaient donc être mobiles afin d’être facilement transportés. Or, à partir de la fin du XVIᵉ siècle, les rois vont privilégier une résidence principale pour y vivre et y administrer leur royaume. D’où des meubles plus volumineux et richement décorés, puisqu’ils étaient désormais destinés à rester en un seul lieu et non plus à voyager.

De plus, le cabinet est aussi le reflet du goût pour la collection. Dès la Renaissance, les princes se mettent à collectionner toutes sortes d’objets, notamment des « curiosités » : fragments d’animaux ou de plantes exotiques, minéraux, œuvres et objets d’art, objets d’ingénierie, etc. On parle alors de Kunstkammer, c’est-à-dire « chambre des merveilles » ou « cabinet de curiosités ». À l’origine, le terme « cabinet » désignait à la fois la pièce et le meuble abritant les biens les plus précieux ou les plus fragiles. Le cabinet restera en usage, même si sa fonction première disparaîtra progressivement, laissant place à un symbole d’apparat mêlant matières précieuses — pierres dures, ivoire, ébène, écaille — et un riche décor, notamment marqueterie, laque ou bronze doré. Il devait marquer, par son caractère ostentatoire, le statut et les capacités financières de son propriétaire. Au XIXᵉ siècle, la mode des styles « néo » a engendré de nombreuses copies de châteaux de la Renaissance de meubles anciens, le plus souvent des pastiches d’œuvres passées.

Concernant votre meuble, Alain, son décor assez fruste suggère qu’il s’agit plutôt d’un meuble datant au plus tard du XIXᵉ siècle, dans le goût Renaissance. Ce type de mobilier est aujourd’hui particulièrement difficile à vendre et sa valeur serait inférieure à 100 euros. De quoi apporter une touche d’ancien à la modernité de votre salon.
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