Un remède aux maux d’hiver
Samedi 06 décembre 2025 à 07h
Cette semaine, Fabien, de Selles-sur-Cher, soumet un coffret de ventouses à notre expertise. L’occasion pour Philippe Rouillac, notre commissaire-priseur, de nous en dire plus sur l’histoire et la valeur de ces outils médicaux.

En ce moment, la santé redevient l’un des sujets majeurs pour les Français, avec les intenses débats autour du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale, mais aussi avec les recommandations sanitaires rappelées à l’approche des fêtes de fin d’année.
Il est justement question de santé avec l’objet de la semaine. Il s’agit d’un coffret en bois comprenant une série de cinq ventouses en verre, équipées d’appendices en laiton ou en bronze. On y trouve également une seringue en laiton faisant office de pompe à vide, ainsi qu’un scarificateur destiné à réaliser de petites incisions sur la peau du patient. L’une des ventouses porte l’inscription « Charrière Paris », la rattachant à Frédéric Charrière, l’un des principaux fabricants d’outils chirurgicaux en France entre 1834 et 1876. Il fut d’ailleurs fournisseur officiel de la Faculté, de l’Armée, de la Marine, des hôpitaux et de la Préfecture de police, tout en ayant une clientèle internationale. Son entreprise ferma en 1972, faute de repreneurs.
L’utilisation de ventouses dans le cadre médical est une pratique particulièrement ancienne : on en retrouve des traces en Égypte antique, ainsi que dans les médecines traditionnelles chinoises et arabes. De plus, le Dictionnaire de l’Académie française dans son édition de 1694 définissait la ventouse médicale comme un « vaisseau de verre qu'on applique sur la peau avec des bougies ou de la filasse allumée pour attirer le mauvais sang ». Le but était alors de se servir de la chaleur provoquée par la combustion afin de créer une dépression et de provoquer l’effet de succion recherché. Toutefois, le risque de brûlure étant réel avec cette technique, on lui préféra un système utilisant une pompe à vide mise au point par le scientifique allemand Otto von Guericke. Cette méthode repose également sur la création d’une dépression par aspiration de l’air dans la ventouse. Une fois les ventouses retirées, le médecin procédait à une scarification, c’est-à-dire une légère incision permettant d’évacuer le « mauvais sang ».
Ce qu’on appelle le « mauvais sang » est l’héritage de la pensée d’Hippocrate, selon laquelle le corps humain est composé de quatre humeurs : le sang, la pituite, la bile jaune et la bile noire. Un déséquilibre entre elles provoquait la maladie, et il était alors nécessaire d’enlever le fluide en excès pour rétablir l’équilibre. Cette technique se rattache à la saignée, très courante dans les pratiques médicales jusqu’au XIXᵉ siècle. Elle a d’ailleurs donné l’expression « se faire du mauvais sang » pour désigner quelqu’un qui se tourmente. Bien que désavouée aujourd’hui, elle continue d’être utilisée dans certaines médecines parallèles et par quelques sportifs, comme Michael Phelps, à des fins essentiellement placebos.
Concernant votre coffret, Fabien, celui-ci est malheureusement incomplet, mais il a été réalisé par l’un des plus grands fabricants de ce type d’objet et pourrait intéresser des collectionneurs. Sa valeur peut être estimée entre 200 et 300 euros. De quoi se faire plaisir à l’approche des fêtes de Noël avec de bons produits, à consommer, bien sûr, avec modération.
