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« Terre de fer » pour la galette

Samedi 03 janvier 2026 à 07h
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Cette semaine, un couple de fidèles lecteurs nous envoie une série d’assiettes en céramique dites « terre de fer », l’occasion pour Philippe Rouillac, notre commissaire-priseur, de nous en dire plus sur leur histoire et leur valeur et de nous présenter ses vœux.



Le premier dimanche de janvier, a été célébré en France l’Épiphanie, que les Catholiques célèbrent ailleurs le 6 janvier. C’est l’occasion de partager une galette des rois, non pas en souvenir des monarques de l’Ancien Régime, mais souvenir des mages Melchior, Gaspard et Balthazar venus adorer l’enfant Jésus né dans la nuit de Noël. Cette pâtisserie à la frangipane au sein de laquelle se cache une fève est un prétexte idéal pour se réunir en famille ou entre amis et adresser ses meilleurs vœux de nouvelle année.

Il convient alors de sortir son plus beau service, à l’image de celui présenté par nos lecteurs. Composé de 13 assiettes, ces céramiques blanches ont un décor vert. Celui-ci figure un oiseau volant au-dessus d’un bouquet de branches et de fleurs d’aubépine. La bordure est ornée d’un motif mouvementé rappelant un tissu. Le revers nous en apprend également beaucoup. C’est souvent au dos des céramiques que l’on peut retracer l’origine et l’âge d’une pièce. Ces assiettes arborent un tampon figurant un cartouche où apparaît le blason de deux villes, accompagné d’une guêpe et de l’inscription « VF Paris – St Amand, Hamage, Aubépine ». On y trouve également une inscription en creux, plus mystérieuse : « terre de fer ».

« Terre de fer » est une dénomination commerciale faisant référence à une « faïence fine ». Cette technique, d’origine anglaise, consiste à utiliser une terre blanche à laquelle on ajoute du feldspath et du kaolin — éléments entrant également dans la composition de la porcelaine — afin d’en améliorer la résistance et la couleur. Le décor, appliqué à la main ou par impression, est ensuite protégé par un vernis transparent à base de plomb, qui laisse apparaître la blancheur de la pâte. Apparue en France au XVIIIᵉ siècle, elle technique connaît un fort développement dans le nord de la France, notamment autour de manufactures d’Orchies ou de Saint-Amand-les-Eaux. Elle y est favorisée par la présence abondante de terre de qualité ainsi que de bois ou de charbon destinés à alimenter les fours.

La manufacture à l’origine des pièces de nos lecteurs est celle fondée en 1896 sur la commune de Wandignies-Hamage, près de Saint-Amand-les-Eaux. Elle se concentra sur la production de faïences fines et de faïences communes destinées à une production de masse, en s’inspirant des productions de Sarreguemines, de Lunéville ou de Saint-Clément à travers des décors à base de motifs géométriques, de dentelles ou de décors végétaux et animaliers. Le décor imprimé et la marque permettent donc de dater ces pièces de la première moitié du XXᵉ siècle.

Ces assiettes, qui ont longtemps été décriées, reviennent en force avec la mode du « vintage ». Les services en bon état sont à présent recherchés par les collectionneurs. Toutefois, ceux-ci privilégient les services complets et bien conservés. En attendant de vérifier ces éléments, il est possible d’estimer les 13 assiettes entre 30 et 40 euros. De quoi prolonger encore l’esprit de fête en partageant une galette qui vous fera roi ou reine et en adressant à nos lecteurs nos meilleurs vœux pour cette année qui commence.
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