Quand nécessité fait loi…
Samedi 14 mars 2026 à 07h
Cette semaine, Annie, de Chailles, soumet une série de pièces inscrites « Chambre de Commerce de France ». L’occasion pour Philippe Rouillac, notre commissaire-priseur, de nous parler de numismatique et de nous en dire plus sur l’histoire et la valeur de ces monnaies.

Les différents conflits actuels, tels que la guerre en Ukraine ou encore ceux en Iran, avec leurs conséquences sur les prix des métaux précieux, mais aussi les différents prêts consentis par les États parties, nous rappellent qu’en temps de guerre, « nécessité fait loi ».
L’objet de la semaine est une série de pièces de monnaie. Elles sont intrigantes car on note qu’elles ne portent pas une valeur faciale donnée mais qu’il s’agit au contraire de « bons pour deux francs ». De plus, le listel, c’est-à-dire la bordure extérieure de la pièce, porte l’inscription « Chambres de Commerce de France ». Le revers arbore la figure de Mercure, dieu des commerçants reconnaissable à son caducée ainsi que les millésimes c’est-à-dire les années de frappe. Ces monnaies peuvent nous interroger, notamment en raison de cette mention de « bon ». La réponse à cela est inscrite sur la bordure. En effet, elles ont été émises par les différentes chambres de commerce à l’issue de la Première Guerre mondiale afin de pallier l’augmentation des coûts de production des monnaies officielles. On parle alors de monnaies de nécessité.
Le droit de frapper la monnaie constitue l’un des attributs essentiels du pouvoir politique. Depuis l’Antiquité, les souverains font émettre des pièces portant leur effigie. Sous le règne de Louis IX, l’unification de la frappe monétaire sous l’autorité royale devient d’ailleurs l’un des fondements de la construction de l’État franc aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles. À partir de ce moment, le roi détient seul le privilège d’émettre la monnaie dans son royaume. Cette prérogative permet non seulement de répondre aux besoins du commerce, mais aussi de diffuser largement son image et ainsi de servir d’outil de propagande politique.
Cependant, en période de crise, l’État peut se trouver incapable de produire une quantité suffisante de monnaie ou constater que la valeur du métal utilisé dépasse la valeur nominale de la pièce. Les habitants ont alors tendance à thésauriser, c’est-à-dire à conserver leurs pièces plutôt que de les remettre en circulation. Pour faire face à ces difficultés, différentes solutions sont mises en œuvre : par exemple, la fabrication de monnaies à partir d’objets en métal précieux marqués d’un sceau public garantissant leur valeur, ou encore l’émission de monnaies dites fiduciaires. Celles-ci possèdent une valeur faciale supérieure à la valeur du matériau qui les compose et reposent avant tout sur la confiance accordée par les utilisateurs à l’institution qui les émet. Le billet de banque en constitue l’exemple le plus représentatif.
Les monnaies présentées cette semaine sont aussi des monnaies de nécessité. Réalisées en alliage de bronze et d’aluminium, elles remplacent les pièces d’argent, devenues trop coûteuses à produire par rapport à leur valeur faciale. Frappées en grande quantité entre 1920 et 1927, elles apparaissent dans un contexte de dépréciation du franc sur les marchés internationaux et de méfiance d’une partie de la population envers ces métaux jugés moins nobles. Par la suite, de nouvelles pièces d’argent sont émises, mais avec un poids et un titre réduits afin d’en diminuer le coût de production, tout en affichant une valeur faciale plus élevée.
Concernant vos monnaies, Annie, compte tenu de cette abondante production et de leur état, leur valeur serait assez faible. Il serait alors possible d’estimer l’ensemble autour de 2 à 5 euros, soit un peu plus de 10 francs. Un cadeau idéal à offrir à de jeunes enfants afin qu’ils puissent jouer aux marchands et peut-être faire naître de futures vocations.
