Comme un air de printemps
Samedi 21 mars 2026 à 07h
Cette semaine, Marie, de Villedieu-sur-Indre, soumet un pichet à notre expertise : l’occasion pour Aymeric Rouillac, notre commissaire-priseur, de nous en dire plus sur l’histoire et la valeur de cette céramique.

Comme chaque année, ce 20 mars, nous célébrons le début officiel du printemps, déjà visible dans les premières fleurs perçant la terre pour s’épanouir au soleil. Cette date est marquée par l’équinoxe de mars, c’est-à-dire un moment où la durée du jour et de la nuit s’équilibre. Autrefois, moment de nombreuses célébrations, cette saison marque encore les esprits, notamment par l’emploi du terme « printemps » pour désigner un âge de la vie. Il marque aussi le retour des fleurs dans les jardins, pour le plus grand plaisir des amateurs de botanique.
Il est justement question de fleurs avec l’objet de la semaine. Il s’agit d’un pichet en barbotine, à décor de fleurs violettes — sans doute des marguerites — et de lambrequins sur un fond ocre. L’anse noueuse pourrait rappeler une branche ou une racine. Le revers nous fournit également de précieuses informations sur l’origine de la pièce : on y retrouve une inscription en creux « G55 », ainsi que le mot « Frie », accompagné d’un emblème difficile à identifier. Il s’agit ici d’une œuvre provenant de la faïencerie d’Onnaing, dans le Nord.
Fondée en 1821 par les frères Ferdinand-Louis et Charles de Bousies, leur cousin, le chevalier Adolphe de Bousies, ainsi que le baron Frédéric de Sécus, tous d’origine belge, cette manufacture avait pour but de contourner les droits de douane sur les importations de barbotines en France. Elle connaît son âge d’or à la fin du XIXe siècle, période durant laquelle elle compte plus de 500 employés. Le répertoire iconographique se rapproche des productions du nord de la France, avec ses personnages caricaturaux. Toutefois, ce pichet est typique des productions du tournant des XIXe et XXe siècles. En effet, il reprend un vocabulaire dit Art nouveau, mouvement particulièrement important en France avec des créateurs comme Hector Guimard ou Émile Gallé, mais également très présent en Belgique avec des artistes tels que Victor Horta. Cherchant à s’émanciper des styles passés, les artistes puisent leur inspiration dans la nature, et notamment dans la flore, où s’épanouissent lilas, glycines ou ancolies sur les pièces d’art décoratif. De plus, les progrès de l’industrie permettent une diffusion importante de ces productions. L’usage de la barbotine est ici caractéristique : il s’agit d’une pièce recouverte d’argile délayée, sur laquelle on applique la couleur et le décor, avant une cuisson à relativement basse température. Cela permet notamment d’obtenir une large palette de couleurs.
Concernant votre faïence, Marie, celle-ci a fait l’objet d’une production importante ; il convient donc de rester raisonnable quant à son estimation, que l’on peut situer entre 20 et 40 euros. De quoi célébrer le retour du printemps avec nos voisins d’outre-Quiévrain, grâce à cette pièce, à la frontière des deux pays.
