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Une œuvre inconnue de Camille Claudel au château de l’Islette

Samedi 18 avril 2026
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La Nouvelle République, Pascal Landré

Le commissaire-priseur Aymeric Rouillac dévoile la sculpture de bronze « La Vérité sortant du puits » aux propriétaires du château de l’Islette, Pierre-André et Bénédicte Michaud.
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Une sculpture inconnue de Camille Claudel, qui sera mise aux enchères à Villandry en juin 2026, est prêtée au château de l’Islette à Azay-le-Rideau jusqu’à fin mai. Là où Auguste Rodin et Camille Claudel vécurent leurs amours secrètes durant trois étés.

La sculptrice Camille Claudel n’a pas laissé son nom au Panthéon des figures emblématiques de la Touraine. Pourtant, la Touraine lui doit d’avoir vécu et produit une partie de son œuvre ici, à l’instar des Rabelais, Ronsard, Balzac ou Descartes. C’est dans un lieu romantique à souhait, le château de l’Islette à Azay-le-Rideau, que la jeune artiste et son maître, le sculpteur Auguste Rodin, vécurent trois années durant leurs amours secrètes, loin de Paris, de 1890 à 1892. C’est ici, à l’étage du château Renaissance au bord de l’Indre, que Camille Claudel revint après leur houleuse séparation, se reposer et œuvrer. Elle pouvait y rester jusqu’à neuf mois…

Depuis une quinzaine d’années, les propriétaires du lieu, Pierre-André et Bénédicte Michaud font revivre le souvenir de Camille Claudel à l’Islette. Tout naturellement, quand leur ami le commissaire-priseur Aymeric Rouillac a été destinataire d' une sculpture de l’artiste, il leur a proposé d’accueillir cette œuvre quelques semaines avant sa mise en vente, au château de Villandry le 7 juin 2026, lors de des grandes enchères et garden-party annuelles de la Maison Rouillac.

Pour cette œuvre, le commissaire-priseur tourangeau Aymeric Rouillac a été sollicité par la famille du général de Boissieu, gendre du général de Gaulle, qui possédait cette sculpture depuis des décennies.

Mise à prix à 30.000 euros

La sculpture est un bronze fondu à la cire perdue, après la mort de Camille Claudel d’après l’original en plâtre que l’attriste avait réalisé en 1900, et qui a donné lieu à huit bronzes. Celui-ci est le seul connu aujourd’hui avec un autre exemplaire exposé au musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine. « C’est une découverte merveilleuse, nous ignorions l’existence de cette œuvre », s’enthousiasment les propriétaires de l’Islette.

En 1900, Camille Claudel réalise cette sculpture à la suite de l’affaire Dreyfus en réinterprétant le tableau « La Vérité sortant du Puits », d’Édouard Debat-Ponsan, réalisé en 1898. Le peintre avait ses attaches en Touraine : il était le grand-père de Michel et Olivier Debré, l’ancien maire d’Amboise, premier ministre et son frère, le peintre de Vernou-sur-Brenne. Debat-Ponsant avait offert cette toile, véritable manifeste des défenseurs d’Alfred Dreyfus, à Émile Zola, après son célèbre « J’accuse ! ». Elle est exposée au musée de l’Hôtel de ville d’Amboise.

Affaire Dreyfus : Rodin ferme les yeux, Claudel s’engage

Aymeric Rouillac raconte : « Au moment du procès d’Alfred Dreyfus, les artistes s’engagent mais pas tous. Degas, Cézanne, Renoir sont des antisémites notoires. Monet ou Pissarro prennent parti pour Dreyfus. Et Rodin, lui, le grand homme que fait-il ? Eh bien, il ne dit rien et se satisfait de cet antisémitisme ambiant pourvu qu’on lui donne des affaires. » Camille Claudel, quant à elle, « qui est une femme de cœur, s’engage pour la vérité et elle décide de faire cette sculpture d’après le tableau de Debat-Ponsan, en nous disant : regardez cette femme, elle nous éclaire sur le monde, elle crie que Dreyfus est innocent ! »

L’œuvre sera exposée jusqu’à fin mai à l’Islette avant sa vente aux enchères à Villandry le 7 juin prochain. Les enchères commenceront à 30.000 euros. Comme pour le buste de « La Petite Chatelaine », l’an dernier, qui avait finalement été adjugé au-delà de 100.000 euros.
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