Allégorie amoureuse de la Poésie
Samedi 14 février 2026 à 07h
Alain de Vineuil soumet une petite sculpture intitulée « La Poésie » à notre expertise, l’occasion pour Aymeric Rouillac, notre commissaire-priseur, d’en dire plus sur l’histoire et la valeur de cette sculpture.

Aujourd’hui est célébré saint Valentin, le patron des amoureux, décapité le 14 février 269 pour avoir marié en secret de jeunes fiancés contre la volonté de l’Empereur. Cette fête est l’occasion de rappeler l’impact de l’amour sur la création et la force de la poésie. Certains des plus célèbres poèmes des grands auteurs classiques ont en effet été écrits pour parler d’amour. Ces vers peuvent être tragiques, comme chez Shakespeare avec « Roméo et Juliette », lyrique, chez Ronsard avec « Mignonne allons voir si la rose » ou épique, chez Rostand avec son « Cyrano de Bergerac ».
L’objet de cette semaine évoque également la poésie en tant qu’allégorie. Il s’agit d’une petite sculpture en métal patiné représentant une jeune femme vêtue à l’antique dans une posture inspirée de l’Antiquité. On appelle sa position « contrapposto » : c’est-à-dire qu’une opposition se crée entre la ligne des épaules et celle des hanches pour créer l’illusion du mouvement et de dynamisme. Elle tient dans sa main gauche une torche et s’appuie de la main droite sur un arbre auquel est accroché une lyre. À ses pieds se trouvent un rouleau et un livre ouvert. La sculpture est montée sur un piédouche en marbre rouge griotte, sur lequel figure un cartouche indiquant le titre de l’œuvre, « La Poésie », ainsi que le nom de l’auteur, « Kossowski ».
Cette sculpture s’inscrit dans la mode de « Statuomanie » en vogue à la fin du XIXᵉ siècle. Les grands travaux du baron Haussmann à Paris créent de nombreuses places publiques qu’il faut décorer. Les sculptures qui les ornent célèbrent certaines valeurs au moyen d’allégories, telle la statue de la République au centre de la place éponyme. Cette mode se répand également dans les intérieurs grâce aux progrès de l’industrie. Nul besoin d’utiliser pour cela le couteux bronze. Les petites sculptures d’intérieurs sont ainsi réalisées en régule : un alliage imitant le bronze à moindre coût. Afin de satisfaire cette demande, de nombreux sculpteurs se spécialisent dans les sculptures d’édition. L’auteur de l’œuvre de la semaine, Henri Kossowski, est d’origine polonaise. Formé à Cracovie, il s’installe à Paris pour poursuivre ses études auprès de Mathurin Moreau, l’un des sculpteurs les plus prolifiques de la fin du XIXᵉ siècle. L’artiste opère ici une fusion des attributs classiques des trois Muses antiques pour créer son allégorie de la poésie : la lyre d’Erato, muse de la poésie lyrique, le rouleau de Calliope pour la poésie épique et le sceptre de Melpomène pour la poésie tragique. Sa sculpture devient ainsi l’allégorie de toutes les formes de poésie réunies en une seule figure.
Concernant la sculpture, Alain, l’un des éléments déterminants de son prix est son matériau. Au vu du caractère relativement épais de la ciselure, il s’agit vraisemblablement d’une œuvre en régule. Sa valeur serait alors d’environ 30 à 50 euros. De quoi faire un joli cadeau à l’être aimé en cette Saint-Valentin, accompagné, pourquoi pas, d’un recueil de poésie ou d’une demande en mariage ?
