Terrain de jeu pour les cygnes
Samedi 28 février 2026 à 07h
Cette semaine, l’un de nos fidèles lecteurs soumet un tableau à notre expertise : l’occasion pour Aymeric Rouillac de nous en dire plus sur l’histoire et la valeur de cette peinture.

Les récentes crues des rivières marquent l’actualité, avec de nombreuses inondations dans l’ouest de la France. Toutefois, on observe aussi des situations où la nature reprend sa place en milieu urbain, comme en témoignent les photographies montrant des cygnes dans les rues, les campings ou encore à proximité des habitations.
L’objet de la semaine représente lui aussi des cygnes nageant sur une rivière. Il s’agit d’une huile sur toile signée « Bornier » en bas à droite. L’œuvre montre trois cygnes glissant sur une eau paisible, bordée d’herbes et d’arbres dont certains troncs semblent partiellement immergés. On peut y reconnaître des saules, dont les feuilles aux teintes dorées évoquent la lumière de l’aube ou une atmosphère automnale. Néanmoins, la végétation encore très verte et le comportement migrateur des cygnes invitent plutôt à y voir un paysage baigné d’une clarté matinale.
Cet oiseau européen, fréquent sur les lacs et les cours d’eau douce où il trouve refuge et nourriture, a profondément marqué l’imaginaire des auteurs. Dans la mythologie grecque, il est l’un des attributs d’Aphrodite, dont il peut servir de monture. Il est également associé à Apollon à travers le mythe de Cygnos, son fils, que le dieu transforme en cygne. Le récit le plus célèbre demeure sans doute celui de Léda et le Cygne, où Zeus prend cette apparence pour la séduire ; de leur union naît notamment Hélène de Troie.
Ce thème a inspiré de nombreux artistes, parmi lesquels Léonard de Vinci, Pierre Paul Rubens, François Boucher, Paul Cézanne et Michel-Ange. Il offrait l’occasion d’évoquer l’amour tout en représentant des nus féminins, traditionnellement réservés aux sujets mythologiques dans les codes classiques de l’art.
Symbole de fidélité en raison de sa monogamie, l’oiseau occupe aussi une place importante dans la musique, notamment à l’opéra, comme en témoignent Le Lac des cygnes et Lohengrin. Cette symbolique se retrouve également dans l’héraldique, à l’image du cygne navré, emblème de Claude de France. Enfin, le conte Le Vilain Petit Canard met en scène un héros qui se révèle être un cygne au terme de son parcours.
Concernant votre tableau, il s’agit ici d’une représentation qui se veut réaliste, à l’instar des peintres de l’école de Barbizon, qui souhaitaient travailler « en plein air et d’après nature ». Toutefois, cette œuvre semble plutôt dater du XXᵉ siècle, compte tenu du traitement du sujet par le peintre. Enfin, il apparaît que « Bornier » est un petit maître dont la cote reste modeste. Ainsi, il serait possible d’estimer votre tableau autour d’une trentaine d’euros en vente publique. De quoi s’offrir un pique-nique au bord de l’eau lorsque les beaux jours seront revenus.
